La population acadienne de la région est composée des premiers colons établis autour du fort de Beauséjour et de nombreux réfugiés venus de la rive est de la rivière Mésagouèche. Ces réfugiés travaillent principalement à l'entretien du fort et à la construction des aboiteaux.

L'approvisionnement de la garnison se révèle une des activités économiques des Acadiens de la région. Les autorités du fort doivent cependant venir au secours des réfugiés les plus démunis. Le commerce avec Louisbourg et l'île Saint-Jean, par la baie Verte et Tatamagouche, constitue une autre source de revenus importante pour les habitants. Les Acadiens y exportent du bétail, de la volaille, du poisson, des légumes, de la farine, des fourrures et du bois de construction.

L'abbé Le Loutre se lance dans un vaste projet de construction d'aboiteaux en 1754, pour lequel il réussit à obtenir de Versailles des sommes assez considérables. Par ce projet, il veut calmer les premiers colons qui voient d'un mauvais oeil l'arrivée de centaines de réfugiés acadiens dans la région du fort. Il cherche ainsi à apaiser les plaintes des réfugiés qui veulent retourner sur leurs anciennes terres. Ces derniers délèguent même deux des leurs à Québec, afin de présenter leurs griefs aux autorités civiles et ecclésiastiques. Celles-ci se montrent peu sympathiques à leur égard et leur reprochent leur ingratitude et leur manque de fidélité envers leur mèrepatrie et leurs missionnaires.

Des quelque 3 000 Acadiens habitant l'isthme de Chignectou, la région de Chipoudie, de Petcoudiac et de Memramcook, le commandant Vergor estime qu'à peu près 700 peuvent porter les armes. Mais tous craignent de prendre les armes et de s'attirer ainsi les représailles des Anglais. En juin 1755, Vergor ne peut rallier qu'entre 200 et 300 Acadiens, et quelques Amérindiens qui s'ajoutent aux 200 militaires assignés à la défense du fort de Beauséjour.