Sécurité et suprématie

Il n’est pas exagéré de dire que le phare de Fisgard sauvait des vies, car de nombreux cargos régionaux ou étrangers et des paquebots traversaient les eaux périlleuses du détroit de Juan de Fuca, surtout durant les nuits de brouillard ou de tempête ! C’est aussi grâce au phare que la Marine royale pouvait naviguer la nuit en toute sécurité et entrer ou sortir du port d’Esquimalt en évitant les rochers.

En outre, c’était un témoignage de la souveraineté britannique. Déjà quelques années avant la construction du phare en 1860, de nombreux mineurs américains venaient dans les environs de Victoria et dans la vallée du Fraser pour la ruée vers l’or de la vallée du Fraser. En effet, dès 1844, les politiciens américains faisaient campagne pour étendre leur contrôle territorial jusqu’au parallèle 54 ° 40 ′ nord (au-delà de Prince-Rupert !). Cet afflux alarmant menaçait de briser la domination britannique sur la région. Mettre en place, à cet endroit même, ce phare britannique soulignait le fait qu’il s’agissait d’un territoire britannique et que son rattachement aux États-Unis ne serait pas permis.


Les gardiens de la limière

Entre 1860 et 1928, 12 personnes (dont une femme), ont été gardiens du phare de Fisgard.

  • George Davies, 1860–1861
  • John Watson, 1861
  • W.H. Bevis, 1861–1879 (mort en service, 1879)
  • Amelia Bevis, 1879–1880
  • Henry Cogan, 1880–1884
  • Joseph Dare, 1884–1898 (noyé dans le port d’Esquimalt, 1898)
  • W. Cormack, 1898
  • John Davies, 1898
  • Douglas MacKenzie, 1898–1900
  • Andrew Deacon, 1900–1901
  • George Johnson, 1901–1909
  • Josiah Gosse, 1909–1928

L’accord sur la construction du phare stipulait que son premier gardien devait venir d’Angleterre et posséder l’expérience du métier de gardien de phare. Ce « gentleman » pourrait aussi former d’autres gardiens de phare.

 Portrait de George Nicholas Davies
Portrait de George Nicholas Davies

George Davies, le premier gardien du phare, arriva d’Angleterre avec son épouse, ses deux enfants et un assistant en août 1860. Son traitement était de 650 $ par an ; le gouvernement payait les coûts de son logement (bâtiment adjacent à la tour), du charbon pour les foyers et de l’eau (c’est-à-dire la citerne). Il apportait aussi avec lui la lentille de Fresnel, l’équipement d’éclairage et la chambre vitrée qui abritait la lanterne et la lentille. L’escalier en colimaçon en fonte coloré de la tour a été fabriqué en sections à San Francisco.

Le troisième gardien de phare, William Bevis, y est resté 18 ans. Il écrivit de nombreuses lettres au gouvernement, pour signaler que le bâtiment était devenu de plus en plus inconfortable au cours de son mandat. L’habitation, une fois construite, n’avait pas été entretenue et avait souffert de son exposition aux vents forts, à l’humidité et à l’air salé. Elle était devenue sujette à des courants d’air extrêmes ; les fenêtres et les portes ne s’emboîtaient plus dans leur cadre ; le revêtement de la maison était devenu de plus en plus poreux, de sorte que pendant les tempêtes, se protéger de l’eau et du vent était devenu une corvée en plus d’entretenir le feu.

Les couples et les familles étaient encouragés à travailler dans les phares, les épouses assumant la tâche d’assistante du gardien de phare. Au début, le gouvernement leur versait un peu plus de 100 dollars par an, bien que les femmes fassent probablement jusqu’à 50 % du travail d’entretien du feu. Cela coûtait beaucoup moins cher que de payer un homme pour être l’assistant du gardien.

 Portrait de Josiah Gosse
Portrait de Josiah Gosse

Une nuit de 1879, William Bevis succomba à une maladie et décéda. Comme personne d’autre n’était capable, son épouse et sa nièce de 16 ans ont assumé toutes les tâches pendant neuf mois, jusqu’à ce que Londres désigne une personne plus « qualifiée ».

Le capitaine Josiah Gosse fut le dernier gardien de phare de Fisgard. C’est aussi celui qui y est resté le plus longtemps ; il y a travaillé pendant 19 ans. Il a allumé le feu pour la dernière fois en 1928, l’année de l’automatisation du phare de Fisgard. Il est resté « au travail » encore pendant un mois, au cas où il y aurait un problème. À cette époque, il convient de noter qu’il ne touchait que 360 $ par an.

La lanterne demandant moins d’entretien, le salaire avait diminué bien que les « avantages » de l’habitation, du charbon et de l’eau soient restés les mêmes. Le gardien de phare était également autorisé à quitter le phare pendant la journée pour aller travailler ailleurs, car il avait besoin d’un deuxième emploi pour joindre les deux bouts.

Aider à faire la lumière sur l’histoire des gardiens du phare de Fisgard.

Malheureusement, la correspondance officielle ne révèle presque rien sur leurs vies personnelles.

Parcs Canada souhaite célébrer la vie et les histoires des gardiens du phare. Nous lançons un appel à quiconque pourrait avoir un lien avec le phare de Fisgard (ou le phare de Race Rocks). Si vous avez de vieilles photos, lettres, journaux ou histoires de familles que vous êtes disposés à partager, nous serions ravis de les voir ou de les entendre – tout comme les générations futures !

Envoyez-nous un courriel à fort.rodd@canada.ca ou écrivez-nous.


Fonctions de gardien de phare

The lighthouse keeper climbs the spiral staircase in the Fisgard Lighthouse

Faits en bref

  • Le feu était allumé au crépuscule ; la mèche devait être coupée toutes les quatre heures
  • Les jours de neige ou de brouillard, le gardien du phare devait sortir dans des conditions dangereuses pour nettoyer la vitre autour de la lumière
  • Un navire de ravitaillement venait de Victoria (à cinq milles sur la côte) tous les trois mois. Il apportait le courrier, la nourriture et de petites fournitures. La farine, le sucre et la viande devaient être commandés à l’avance. Parfois, la viande était pourrie à son arrivée, car elle restait sur le pont
  • Pour compléter leur régime alimentaire, les gardiens étaient autorisés à avoir un petit jardin et des poules. Ils n’avaient toutefois pas le droit de vendre les œufs.
  • Jusqu’aux années 1920, aucune route n’allait jusqu’au fort Rodd Hill adjacent au phare ; la chaussée menant jusqu’au phare ne fut construite qu’en 1951. Le contact entre le fort et le phare était minime
  • Aujourd’hui, la Garde côtière canadienne supervise l’entretien et le bon fonctionnement de l’éclairage. La lentille d’origine est toujours en place, mais la lampe a été remplacée par un appareil à quatre ampoules, si l’une d’elles venait à bruler, le mécanisme la remplace automatiquement par une nouvelle
  • La lumière automatisée s’allume et s’éteint par intermittence toutes les secondes, identifiant ainsi le phare de Fisgard

Avant et maintenant

Fisgard Lighthouse circa 1920s
Phare de Fisgard vers les années 1920

En 1860, le coût de la construction du phare de Fisgard s’éleva à 7 000 £ (12 000 $ CAN). Néanmoins, les différents ministères se disputaient pour savoir lequel devait payer. En 1956, les fortifications militaires du fort Rodd Hill adjacent au phare furent déclassées et, bien qu’un gardien ait été engagé pour l’entretien des terrains, son emploi prit fin en 1957 - une mesure de réduction des coûts. Cela permit aux vandales et à tous ceux qui le souhaitaient d’avoir un accès total sans surveillance. Le vandalisme et le vol ont endommagé les bâtiments et les objets qui restaient.

En outre, en 1957, un incendie s’est déclaré dans le phare. La cause en reste inconnue, mais le vandalisme est soupçonné. L’incendie fut remarqué par le contre-amiral depuis sa maison de la base navale CFB Esquimalt de l’autre côté de l’eau. Il alerta les autorités et photographia le phare en feu. L’incendie a détruit l’intérieur du bâtiment à l’exception du plancher en damier. L’extérieur en brique fut comme une cheminée pour le feu, seuls le plancher et l’escalier en fer ont subsisté.

Young visitors run and skip along the causeway on their way to and from the Fisgard Lighthouse
Le phare de Fisgard est un symbole et une icône très prisés de Victoria

Aujourd’hui, les visiteurs peuvent entrer à l’intérieur du phare de Fisgard, admirer des expositions colorées qui racontent l’histoire de ces hommes, et femmes, braves et courageux qui ont maintenu le feu allumé, ou s’attarder dans le salon pour une partie de jeux de dames ; ils peuvent aussi visiter une ancienne chambre à coucher où des jeux vidéo interactifs ultramodernes leur permettent de piloter une goélette du 19e siècle ou un navire de patrouille actuel dans le port d’Esquimalt. Quelques planches du sol en damier récupéré de l’incendie de 1957 ont été installées dans le cadre de la nouvelle exposition du phare en 2010.

Récemment, l’éclairage extérieur, ajouté pour plus de sécurité, rehausse sa beauté pour le plus grand plaisir des participants aux événements organisés en soirées ou aux personnes qui séjournent dans une tente oTENTiks