2. L'intégrité commémorative du lieu

2.5 Les autres ressources patrimoniales

Bien que les ressources témoins du canal de Sainte-Anne n’aient pas été désignées d’importance historique nationale, ces ressources dites de « niveau 2 » n’en revêtent pas moins une signification historique évidente pour le lieu.9

  • Emplacement et paysage significatif

Le paysage qui environne le canal témoigne de l’évolution de ce dernier à travers les époques et favorise la compréhension de son importance historique nationale grâce aux témoins tangibles qui subsistent. La valeur patrimoniale du paysage du canal de Sainte-Anne repose sur les interrelations qui se sont perpétuées jusqu’à nos jours entre les composantes naturelles, représentées par les bassins du lac Saint-Louis et du lac des Deux-Montagnes, et les composantes édifiées par l’homme, marquées par la canalisation. Les traits de paysage associés à l’évolution de l’histoire du lieu sont les suivants :

  • la voie canalisée conduisant à l’écluse actuelle, avec son tracé, ses murs, son écluse, ses jetées, ses caissons, son équipement ainsi que la digue Becker;
  • le parallélisme entre le canal actuel et le tracé du canal d’origine;
  • le site de la première écluse, dont l’emplacement demeure délimité par les murs d’entrée amont et aval et par les pierres de revêtement qui marquent l’alignement de ses murs latéraux, et ce, malgré le remblayage;
  • la présence des viaducs ferroviaires surplombant l’écluse depuis la fin du XIXe siècle;
  • la relation qui s’est établie entre le canal et le milieu urbain limitrophe et qui se manifeste principalement par la proximité de l’église, la présence de la rue Sainte-Anne, la trame conservée des rues transversales donnant sur le canal d’aval;
  • les percées visuelles vers le lac des Deux-Montagnes et le lac Saint-Louis, soulignant le rôle de trait d’union du canal de Sainte-Anne entre les axes de navigation du Saint-Laurent et de l’Outaouais.

L’évolution des installations reliées au canal s’est accompagnée d’une modification importante du milieu par l’urbanisation limitrophe, bien que certaines constantes soient parvenues jusqu’à nous.

  • Les ressources in situ

Les ouvrages de génie et leurs vestiges.

Les ressources culturelles du canal historique de Sainte-Anne-de-Bellevue témoignent de la navigation et de l’ingénierie des canaux associés à son premier et second système de canalisation.

Les ressources associées au premier système de canalisation se limitent à certaines composantes de la première écluse de Sainte-Anne10. Bien qu’on ne dispose d’au-cune étude de potentiel archéologique pour l’ensemble du secteur, on soupçonne que des vestiges et des artefacts pourraient se trouver dans le remblai de la première écluse, dont des mécanismes ou des éléments reliés à son fonctionnement.

Les ressources qui sont reliées au deuxième canal se composent de l’écluse actuelle, d’un canal d’approche et de diverses structures liées à ce dernier, tels des jetées, des caissons conducteurs ainsi que la digue Becker11.

Enfin, il subsiste possiblement des traces du canal excavé sous le Régime français et dont le tracé apparaît sur un plan de 1840.

Les vestiges archéologiques rattachés au patrimoine bâti

Plusieurs vestiges de bâtiments aujourd’hui disparus, reliés à l’opération du premier et du second canal, ont momentanément occupé les limites actuelles du lieu.

Parmi ceux-ci, mentionnons les logettes d’éclusiers, les résidences du surintendant et du percepteur, des dépendances et desrampes de mise à l’eau. À une certaine époque, un pont ouvrant permettait de franchir le canal, juste au sud de la voie ferrée du CN.

Par ailleurs, la cartographie ancienne signale la présence d’un cimetière, entre le canal et la rue Sainte-Anne, vis-à-vis de l’extrémité inférieure de la première écluse, soit à proximité de l’entrepôt souterrain de poutrelles.

Autres ressources culturelles

Deux ponts ferroviaires surplombent le canal de Sainte-Anne-de-Bellevue à la hauteur de la première et de la seconde écluse. Celui qui est présentement utilisé par le CN sur le circuit Montréal-Toronto fut construit en 1874 par le Grand Tronc. Ce pont de métal, de type « Truss Bridge », a récemment fait l’objet de travaux de réfection majeurs pour le rendre plus sécuritaire, et la structure aérienne d’origine a dû être démantelée. Une pièce du pont (barre-à-oeil) a toutefois été conservée par le CN en vue de son installation sur le site du lieu historique national.

Le pont du CP, construit en 1887, est également situé sur le principal circuit ferroviaire canadien reliant Montréal à Toronto et n’aurait subi que de très légères modifications depuis sa construction. Il s’agit également d’un pont de métal, mais de type « Plate Girder ».

Les vestiges du moulin à farine Jones se retrouvent probablement entre l’emplacement de la première écluse et la rive est de la rivière des Outaouais. Bien que la date de construction de ce moulin soit inconnue, celui-ci existait déjà en 1835. La construction de la seconde écluse mit un terme définitif à l’exploitation de ce moulin, car le canal actuel a été construit sur le chemin d’eau nécessaire à la production de l’énergie hydraulique actionnant les mécanismes du moulin.

Les ressources mobilières

Ces ressources comprennent différentes pièces d’archives dont des « letterbooks », « estimates » et livres de comptes datant des XIXe et XXe siècles de même qu’une collection de documents dont des photographies anciennes et des plans.

La collection d’artefacts rassemble pour sa part une soixantaine d’objets (fragments de pipes, de vitre, de céramique, de verre, d’ossements d’animaux et des clous) qui témoignent de la vie domestique aux abords du canal. Les collections appartiennent à Parcs Canada et sont conservées à Québec.

Enfin, plusieurs informateurs peuvent encore témoigner de la navigation commerciale et de l’évolution du canal au XXe siècle. Une enquête ethnologique a été amorcée pour permettre de recueillir leurs précieux souvenirs.

Des quais de pierre séparent la voie canalisée de l'agglomération de 
		 	Sainte-Anne-de-Bellevue. Les écluses, invisibles sur la photo, sont situées 
			sous les travées des ponts ferroviaires, qui paraissent ici beaucoup plus 
			éloignés qu'ils ne sont en réalité.
Le canal d'approche et la jetée d'aval en 1906
© Parcs Canada, nég. 160/00/IC-15 - 1906

Une évaluation sommaire de la condition des ressources culturelles du lieu figure dans le Rapport sur l’état des parcs (1997). De façon générale, la condition des ouvrages de navigation est évaluée de « bonne » à « pauvre » selon les ouvrages, alors que la digue Becker est rapportée comme étant dans un état « passable ». Les ressources archéologiques dont on connaît l’état (essentiellement celles qui sont associées à l’écluse de 1883) sont considérées comme étant en bonne condition dans 83 % des cas, les autres étant dans une condition passable. Le rapport souligne l’absence d’un inventaire des ressources et d’une évaluation plus globale. Les objets de la collection regroupés à Québec sont rapportés comme étant en bonne condition. Ces données de 1997 sont toujours pertinentes.

9 Politique sur la gestion des ressources culturelles , article 2.2.2

10 La première écluse consistait en un ouvrage en maçonnerie de pierre de taille sur radier (plancher) de bois. Les vestiges associés à cette écluse sont peu nombreux, puisque celle-ci a d’abord été dépouillée de ses portes et mécanismes, puis remblayée au début des années 1970. Le sas de la première écluse de Sainte-Anne représente donc un vestige archéologique d’importance. Les extrémités de l’ouvrage ont été fermées par un mur en maçonnerie de pierre. Les seuls éléments visibles de l’écluse demeurent donc les murs d’entrée amont et aval de même que les pierres de revêtement traçant l’alignement des murs de la chambre d’écluse. L’entrée amont a pour sa part été convertie en marina.

11 La seconde écluse est située immédiatement au nord de la première écluse et parallèle à cette dernière. Construite en maçonnerie de pierre de taille en 1883, elle fut partiellement recouverte de béton au fil des ans. Les vannes et différents mécanismes d’ouverture des portes ont également été remplacés par un système électrique alors qu’à l’origine, elles étaient actionnées par un mécanisme manuel à tambour. Enfin, lors de la conversion de l’écluse au fonctionnement électro-hydraulique, en 1974, les anciennes portes de bois ont été remplacées par des portes d’acier. Des sections des murs d’écluse en maçonnerie de pierre de taille témoignent toujours de la construction originale de la seconde écluse de Sainte-Anne-de-Bellevue. Les travaux d’aménagement du second canal se sont poursuivis entre 1873 et 1877. D’une longueur identique au premier canal, le second était balisé en amont de l’écluse par des caissons conducteurs tandis qu’une levée de terre ainsi que la digue Becker en soulignaient la présence à son entrée aval. Le tracé du second canal de Sainte-Anne offrait 120 pieds de largeur par 10 pieds et demi de profondeur à l’eau basse. Le mur nord était fait de béton, en remplacement de l’ancien mur de pierre et selon le même tracé. L’ancien mur comportait des ouvertures servant de rampes de mise à l’eau; l’ouverture la plus importante se trouvait immédiatement à l’ouest de l’ancienne maison du surintendant et un petit pont, parallèle au canal, la franchissait. Portant le nom de son constructeur, Albert Becker, la digue demeure sans contredit la plus imposante structure accessoire au second canal de Sainte-Anne. D’une longueur approximative de 365 mètres, cette digue, formée par deux levées parallèles, sert à enchâsser une portion du chenal que l’on a dû creuser à travers un important haut-fond afin de rejoindre le chenal naturel qui passe du côté nord de l’île Perrot. Depuis son ouverture, en 1877, les parements intérieurs de cette digue, formés par des caissons de bois, ont été remplacés par du béton entre 1926 et 1928. Ces parements sont en piètre état et les levées latérales sont recouvertes de végétation. Soulignons qu’un phare destiné à signaler la présence de la digue fut construit à l’extrémité nord-ouest vers 1904. Ce premier phare de bois fut remplacé, dans les années 1930, par une petite tour de métal à claire-voie surmontée d’une lanterne. La jetée aval constituait également une structure accessoire au premier et au second canal de Sainte-Anne. Située à l’entrée aval de la seconde écluse, la jetée servait à en faciliter l’accès tout en balisant cette portionspécifique du canal. À l’instar de la digue Becker, la jetée aval a connu diverses modifications depuis sa construction initiale au début des années 1840. Aujourd’hui, la jetée aval présente une longueur identique à ce qu’elle offrait en 1867; toutefois, le parement de ses murs latéraux présente différentes sections composées de pierre, de perré de pierre et de béton. Ainsi, l’ancien mur de pierre qui borde le côté ouest de la jetée présente certaines parties affaissées, d’autres sont en voie de l’être et d’autres parties ont été remplacées par un perré cimenté. Un seul des caissons conducteurs existants semble correspondre à la localisation d’un ancien caisson associé à la période de 1843, selon des plans de 1847 et 1855; il définissait l’entrée amont de l’ancienne écluse. Les caissons conducteurs que l’on retrouve dans le prolongement de l’entrée amont de l’écluse actuelle servent à baliser l’emplace-ment exact du tracé du chenal, puisque ce dernier ne suit pas la ligne du barrage (la levée amont). Aujourd’hui, ces caissons présentent un parement extérieur en béton avec un remplissage de pierres. Le parement de béton a tendance à s’effriter depuis quelques années et des mesures correctrices s’imposent.


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