1. Contexte

1.2 Le contexte historique

L’écluse de Sainte-Anne fut précédée par l’écluse de Vaudreuil, dont la construction remonte aux années 1815 et 1816. Tout en appartenant au même axe de navigation, les écluses de Vaudreuil et de Sainte-Anne diffèrent des autres canaux de l’Outaouais par les intérêts commerciaux qui ont motivé leur construction. L’écluse de Vaudreuil desservait des intérêts privés, par opposition aux canaux de Carillon, de la Chute-à-Blondeau et de Grenville, construits par Londres à des fins militaires. Ce n’est qu’avec la construction de l’écluse de Sainte-Anne que cette composante allait véritablement s’intégrer à la voie navigable intérieure Montréal-Kingston par l’Outaouais et le canal Rideau.

À l’instar des autres canaux de l’Outaouais, le canal de Sainte-Anne servit au transport du bois et de diverses marchandises, dont des produits agricoles et manufacturés. De 1849 à 1919, le fret transité était dominé par le bois en provenance de la vallée de l’Outaouais. Le développement du chemin de fer contribua progressivement à la décroissance du transport du bois sur l’eau. De 1920 à 1963, le sable, le gravier et les produits pétroliers vinrent remplacer les produits forestiers au chapitre des principales matières transportées. De nos jours, le canal de Sainte-Anne-de-Bellevue favorise la navigation de plaisance, dont les retombées touristiques et économiques sont considérables.

Malgré l’amorce de plans produits dès 1831, ce n’est qu’entre 1840 et 1843 que les travaux de construction de l’écluse de Sainte-Anne-de-Bellevue sont réalisés. Répondant à des intérêts strictement économiques, l’échelle de la nouvelle écluse dépasse largement celle du canal Rideau et des autres canaux construits sur la rivière des Outaouais. Exécutés au pied des rapides, du côté est du chenal, les travaux comprennent la construction d’une écluse offrant un tirant d’eau moyen de 2,1 mètres, mesurant près de 60 mètres de longueur par 13,7 mètres de largeur.

Prise au tournant du XXe siècle, cette photographie montre l'état de l'écluse de 
		 	1843 à cette époque. La nouvelle écluse, entrée en opération en 1882-1883, peut être 
			entrevue à l'arrière-plan, à droite. Située à proximité de la nouvelle écluse, 
			s'élève la résidence du percepteur.
Vue de l'écluse de 1843
© Parcs Canada, nég. 160/00/IC-10 - 1904

En réponse aux recommandations de la Commission des canaux, des travaux d’envergure s’amorcent au canal de Sainte-Anne, de 1873 à 1883, en vue d’améliorer les conditions de transport sur le réseau des canaux canadiens par la standardisation des écluses entre Ottawa et Lachine. Le faible tirant d’eau du chenal d’approche à l’écluse de Sainte-Anne avait d’ailleurs fait l’objet de plaintes constantes dès 1846.

Les travaux de canalisation réalisés à cette époque comprennent l’aménagement d’une digue, d’un canal et d’une nouvelle écluse érigée parallèlement à celle de 1843, que l’on maintiendra en service pendant plusieurs années encore. La digue Becker, construite de 1873 à 1877 et localisée à environ 150 mètres en aval de l’écluse, permet de franchir un haut-fond. Elle est caractérisée par un chenal d’une profondeur de 3,2 mètres sur une longueur de 365 mètres et une largeur de 36,5 mètres, délimité par des caissons de bois continus et des levées de terre parallèles. Quant au canal d’approche, d’une longueur similaire à l’ouvrage précédent, il est balisé en amont par des caissons conducteurs et est défini en aval par une jetée. La nouvelle écluse, construite entre 1880 et 1882, présente un tirant d’eau de 2,7 mètres et une longueur de 61 mètres sur une largeur de 13,7 mètres.

À partir de 1909 , s’amorce une période de modernisation qui mène à l’abandon de l’écluse de 1843; l’écluse de 1882 est dotée d’un système d’éclairage (1914) puis on procède à l’électrification du mécanisme des portes (1923). Dans les années 1920-1930, l’introduction de matériaux modernes amène des transformations dans le paysage; les caissons conducteurs sont ainsi reconstruits en béton. On élève également divers bâtiments – aujourd’hui disparus – nécessaires à l’opération et à l’entretien du canal, dont deux logettes de style victorien construites vers 1917 pour les éclusiers, la résidence du surintendant, la résidence et bureau du percepteur, un hangar à bois, une forge, un atelier de menuiserie, un magasin et un hangar à outils.

Durant les années 1960, une seconde vague de modernisation amène la disparition d’anciens bâtiments puis le remplacement de l’atelier, des logettes et de la résidence du surintendant par les bâtiments en brique actuels; les anciennes portes en bois de l’écluse font place à des portes en acier et les anciens lampadaires sont changés. En outre, les abords de l’écluse et du canal font l’objet de nombreuses plantations d’arbres et d’arbustes et on procède au remblayage de la vieille écluse.


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