3.0 Protection et gestion des écosystèmes des parcs

La gestion des parcs nationaux se distingue tout à fait de celle des autres terres, où l'on vise avant tout à modifier ou à matriser la nature, à produire des récoltes, ou à extraire des ressources. Son but est avant tout de protéger les écosystèmes en s'efforçant de maintenir intact le milieu naturel. Cet objectif a d'importantes répercussions car il rend inappropriés, dans les parcs nationaux, plusieurs principes et pratiques applicables, voire essentiels, à une bonne gestion des autres terres.

Au cours des années à venir, Parcs Canada aura un défi de taille à relever, soit de maintenir l'intégrité des écosystèmes des parcs. Il est rare de trouver dans les parcs des écosystèmes complets ou intacts. À cette constatation, s'ajoutent les stress cumulatifs et croissants de diverses provenances : utilisation du territoire adjacent, incidences en aval de la pollution de l'air et de l'eau, présence d'espèces exotiques, fréquentation par les visiteurs et changement du climat, qui peuvent entraîner la détérioration irréversible des écosystèmes, la perte de la biodiversité et l'appauvrissement génétique. Pour toutes ces raisons, Parcs Canada a rédigé un Cadre stratégique de maintien de l'intégrité des écosystèmes, qui renferme des principes auxquels la présente politique doit se conformer. Voici un aperçu de ces principes.

La gestion des écosystèmes constitue le fondement conceptuel et stratégique de la protection des écosystèmes d'un parc. Elle repose sur une vue d'ensemble de l'environnement naturel, qui signifie que les décisions en matière d'utilisation du territoire tiennent compte des interactions complexes et de la nature dynamique des écosystèmes d'un parc et de leur capacité restreinte de résister au stress causé par les activités de l'homme et de s'en remettre. Les interactions des écosystèmes impliquent que la gestion des parcs agira sur la gestion des terres adjacentes.

Pour être efficace, la gestion des écosystèmes doit comporter des mesures d'envergure et disposer d'un vaste appui. Il doit également y avoir compréhension et collaboration de la part de tous les intervenants dont les activités ont des répercussions sur l'intégrité écologique du parc. Parcs Canada doit faire preuve de leadership et travailler étroitement avec les organismes de gestion du territoire pour expliquer les liens entre les utilisations actuelles du territoire et leurs effets sur le milieu naturel. Les parcs nationaux prendront une importance de plus en plus considérable dans le cadre des efforts nationaux et internationaux de maintien de la diversité biologique et de la qualité des ressources génétiques du pays. Par conséquent, Parcs Canada négocie des ententes spécifiques avec les organismes provinciaux et territoriaux de planification et de conservation et appuie également les efforts du Programme sur l'homme et la biosphère de l'UNESCO, comme mesure d'intégration de la planification régionale autour des parcs.

Pour être plausible, la gestion des écosystèmes doit avoir un fondement scientifique. C'est pourquoi les collaborations prennent une importance particulière puisque les universités, les organisations de conservation et le secteur privé peuvent contribuer considérablement aux projets de recherche et de surveillance écologique se déroulant dans des parcs nationaux.

Si la recherche confirme que l'activité humaine a détérioré la structure et la fonction des écosystèmes d'un parc et que les processus naturels ne peuvent à eux seuls remettre les écosystèmes en état, il est justifié d'intervenir. Étant donné que les mesures de rétablissement des écosystèmes auront des effets durables et étendus, il faut faire preuve de prudence. Des objectifs clairs, pratiques et mesurables, conformes au plan de gestion du parc doivent orienter la gestion également fondée sur des données de recherche et de surveillance réunies et interprétées selon des principes scientifiques rigoureux.


3.1 Protection des écosystèmes

3.1.1
Les écosystèmes des parcs nationaux doivent recevoir le plus haut degré de protection pour assurer la perpétuation de milieux naturels relativement peu dégradés par l'activité humaine.

3.1.2
Parcs Canada interdit dans un parc national toutes les activités humaines qui menacent l'intégrité des écosystèmes du parc. Lorsque celle-ci est menacée par des activités humaines à l'extérieur du parc, Parcs Canada doit prendre des mesures en collaboration avec les organismes de gestion du territoire adjacent ou ses propriétaires pour tenter d'éliminer ou d'amoindrir le danger.

3.1.3
Parcs Canada doit éviter que de nouvelles sources de pollution ne se développent dans les parcs nationaux et chercher à éliminer ou à réduire les sources existantes à l'intérieur et à l'extérieur des parcs. Les problèmes de pollution localisés sont traités au niveau du parc, alors que les problèmes plus vastes seront traités en collaboration avec les autres organismes publics concernés.

3.1.4
La chasse sportive est interdite dans un parc national. La pêche sportive peut être autorisée dans un parc national mais uniquement dans certains secteurs désignés.

3.1.5
Parcs Canada, en collaboration avec les autres organismes chargés d'appliquer la loi, assure la conformité avec la Loi sur les parcs nationaux et avec la réglementation et les autres lois pertinentes pour protéger les ressources naturelles, maintenir la paix publique et protéger la vie et la propriété. Des mesures strictes seront prises pour détecter et faire cesser les activités illégales telles que le braconnage et la pollution.

3.1.6
Le public doit être consulté lors de l'élaboration des règlements des parcs et on doit sensibiliser les visiteurs aux raisons d'être de ces règlements.


3.2 Gestion des écosystèmes

3.2.1
Conformément aux plans de gestion des parcs, Parcs Canada doit fixer des buts mesurables et définir des stratégies de gestion pour assurer la protection des écosystèmes à l'intérieur et à l'extérieur des parcs nationaux.

3.2.2
Parcs Canada doit veiller à ce que les décisions touchant la protection des écosystèmes des parcs aient un fondement scientifique conforme aux principes internationaux et aux concepts de la biologie axés sur la conservation.

3.2.3
Les écosystèmes des parcs nationaux doivent être gérés de façon à nuire le moins possible aux processus naturels. Cependant, une gestion active peut être autorisée lorsque la structure ou la fonction des écosystèmes ont subi une détérioration grave et qu'une manipulation est souhaitable pour restaurer l'intégrité écologique.

3.2.4
À la condition de ne pas altérer les écosystèmes des parcs, la manipulation des phénomènes naturels comme les incendies, les infestations d'insectes et les maladies peut être autorisée quand aucune solution raisonnable n'existe et lorsque la surveillance a révélé que sans intervention restreinte :

i) des effets désastreux pourraient affecter les terres avoisinantes; ou
ii) cela présenterait des risques pour des aménagements majeurs du parc, la santé ou la sécurité publique; ou
iii) il serait impossible d'atteindre les objectifs d'un plan de gestion de parc préconisant la conservation de certaines caractéristiques naturelles et de certaines ressources culturelles.

3.2.5
Lorsqu'une intervention est nécessaire, elle se fonde sur une recherche scientifique, utilise des techniques reproduisant autant que possible les processus naturels et est surveillée attentivement.

3.2.6
Une base intégrée des données relatives aux ressources naturelles doit être créée et tenue à jour pour chaque parc national de concert avec les recherches et la surveillance écologique et servir à la protection et à la conservation des écosystèmes des parcs et à la préparation du rapport au Parlement sur l'état des parcs. Au moment de définir les besoins en information, les dimensions spatiales et temporelles des écosystèmes des parcs et des processus liés aux écosystèmes occupent l'avant-scène. C'est pourquoi il faudra souvent dépasser les limites des parcs.

3.2.7
Parcs Canada collabore avec d'autres organismes gouvernementaux, des universités et des organisations de conservation qui s'intéressent à la biologie axée sur la conservation et à la surveillance écologique en vue de concevoir des programmes intégrés de collecte, de mise en mémoire, d'analyse et d'interprétation des données.

3.2.8
Parcs Canada doit faire activement savoir que les parcs nationaux conviennent bien aux travaux de recherche scientifique qui contribuent à la protection à long terme des écosystèmes et à leur compréhension par le public. Parcs Canada doit lancer des projets ou participer à des programmes parrainés par d'autres organismes gouvernementaux et le milieu scientifique pour s'assurer que des aires de recherche de premier ordre soient créées et maintenues dans des parcs nationaux en vue de mieux comprendre les effets de l'activité humaine sur les écosystèmes à l'intérieur et à l'extérieur des parcs.

3.2.9
Parcs Canada doit être l'initiateur d'ententes et de programmes coopératifs de gestion avec des propriétaires fonciers et des organismes de gestion du territoire. Parcs Canada doit chercher des solutions mutuellement satisfaisantes aux problèmes de gestion transfrontaliers liés à la protection des écosystèmes à l'intérieur des parcs, ou aux répercussions sur les écosystèmes des pratiques d'utilisation des terres adjacentes, ou à l'impact des pratiques de gestion sur l'utilisation des terres adjacentes. Parcs Canada doit participer également aux initiatives régionales de gestion et de planification de l'utilisation du territoire parrainées par d'autres juridictions afin d'amener divers organismes à se comprendre et à collaborer à la protection des écosystèmes des parcs, et, pour Parcs Canada, de mieux comprendre les problèmes de gestion des autres organisations.

3.2.10
Des espèces animales ou végétales indigènes qui sont disparues d'un parc, peuvent être réintroduites après qu'une recherche scientifique a démontré que la réintroduction est réalisable et n'aura aucun effet négatif pour le parc et les terres adjacentes. Parcs Canada demande la collaboration des propriétaires des terres adjacentes ainsi que des organismes de gestion du territoire pour garantir la réussite des programmes de réintroduction.

3.2.11
Tous les efforts possibles sont faits pour éviter l'introduction de plantes ou d'animaux exotiques dans les parcs nationaux et pour les en éliminer ou les contrôler là où elles existent déjà.

3.2.12
Dans les parcs nationaux, certaines aires représentant les écosystèmes aquatiques uniques et représentatifs sont fermées pour la pêche sportive. De plus, il est possible d'entreprendre des travaux de recherche de pointe et d'interprétation des systèmes aquatiques, même si cela signifie qu'il faut interdire la pêche sportive dans d'autres aires.

Lorsque des populations halieutiques indigènes peuvent soutenir une certaine récolte sans effet néfaste sur les ressources, la pêche à la ligne peut être autorisée dans des endroits désignés. Les règlements sont restrictifs et fondés sur des évaluations permanentes des populations, en tenant compte du principe que la pêche à la ligne fait partie d'un programme d'ensemble sur les ressources aquatiques, impliquant la sensibilisation du public, les activités de loisir et la protection des écosystèmes.

L'ensemencement est interrompu sauf pour la réhabilitation des populations halieutiques indigènes dont l'habitat a été perturbé.

Si des études révèlent que des ouvrages comme des déversoirs et des barrages ont gravement endommagé des écosystèmes marins et que leur remise en état est réalisable, alors Parcs Canada éliminera les ouvrages visés pour rétablir les écosystèmes.

3.2.13
Dans les parcs nationaux, Parcs Canada donne l'exemple en ce qui concerne la mise en oeuvre de la loi fédérale sur l'examen et l'évaluation en matière d'environnement. De plus, tous les programmes, politiques et plans font l'objet d'une évaluation environnementale. Parcs Canada s'engage à rendre publics les résultats de toutes les évaluations.

3.2.14
Parcs Canada participe aux évaluations des impacts environnementaux des projets de développement entrepris à l'extérieur des parcs nationaux afin de vérifier s'ils auront des répercussions sur les écosystèmes des parcs.

3.2.15
Lorsque des activités d'extraction sont autorisées dans un parc national conformément aux alinéas 1.4.11 et 1.4.12, Parcs Canada met la priorité sur la gestion, la surveillance et la réglementation des activités de récolte. La manipulation des ressources, telles que le contrôle des prédateurs ou la modification de l'habitat, destinée à améliorer artificiellement l'abondance des ressources de récolte, sera interdite.