La relocalisation forcée des Canadiens d’origine japonaise pendant et après la Seconde Guerre mondiale

À Slocan, des Canadiens d’origine japonaise sont déplacés vers des camps de l’intérieur de la Colombie-Britannique. © Tak Toyota, Bibliothèque et Archives Canada, C-046356

Pour la semaine du lundi 25 mai 2020.

Le 31 mai 1946, le premier navire bondé de Canadiens d’origine japonaise quitte Vancouver en direction d’Uraga, située en bordure de la baie de Tokyo. Ces derniers avaient signé des documents de « rapatriement volontaire » — terme souvent perçu comme un euphémisme pour désigner l’expulsion ou l’exil — autorisant le gouvernement fédéral à les envoyer au Japon.

Après les attaques de Pearl Harbor et de la colonie britannique de Hong Kong par le Japon en 1941, la paranoïa et le sentiment antiasiatique persistants nourrissent la crainte que les Canadiens d’origine japonaise puissent collaborer aux attaques sur la côte du Pacifique. Au début de 1942, le gouvernement canadien ordonne aux gens d’ascendance japonaise de quitter les communautés des zones côtières. Plus de 90 % des 23 000 Canadiens d’origine japonaise sont déracinés et voient leur liberté de mouvement limitée tandis que leurs maisons, leurs entreprises et leurs propriétés sont vendues. En 1945, plus de 8 000 d’entre eux ont déjà déménagé à l’est des Rocheuses, où ils travaillent principalement dans des exploitations de betterave à sucre en Alberta et au Manitoba. D’autres travaillent dans des camps forestiers ou miniers, comme domestiques ou dans des exploitations agricoles en Ontario. La vie est dure. Les perspectives d’emploi sont limitées et ils sont souvent exploités par leurs employeurs. Une Nisei (Canadien de deuxième génération) se rappelle qu’elle n’avait que 35 $ en poche et quelques vêtements lorsqu’elle est partie vers l’Est après avoir travaillé quatre ans dans une ancienne ville minière de l’intérieur de la Colombie-Britannique où le gouvernement fédéral logeait beaucoup de Japonais.

Cédant aux pressions exercées par les Britanno-Colombiens qui ne veulent pas de Japonais dans la province, le gouvernement fédéral informe les Canadiens d’origine japonaise au printemps de 1945 qu’ils doivent s’installer à l’est des Rocheuses ou présenter une demande de « rapatriement volontaire » au Japon. Incertains de l’avenir qui les attend à l’est des Rocheuses, désillusionnés par le Canada ou inquiets pour leurs proches au Japon, 6 844 adultes avec 3 503 enfants à charge signent les documents nécessaires pour aller au Japon. Certains ont cependant des doutes. Des groupes de défense des libertés civiles, tels que le Comité coopératif pour les Canadiens japonais (CCJC) et des organisations religieuses, réussissent en 1946 à convaincre le gouvernement de mettre fin à l’expulsion des Canadiens d’origine japonaise qui ont signé les documents de « rapatriement ». Toutefois, 3 964 de ces derniers avaient déjà quitté le pays, dont bon nombre étaient nés au Canada.

L’internement des Canadiens japonais a été désigné événement d’importance historique nationale. La Commission des lieux et monuments historiques du Canada (CLMHC) conseille le gouvernement du Canada sur la commémoration d’événements historiques nationaux qui évoquent des moments, épisodes, mouvements ou expériences significatifs dans l’histoire du Canada.

 

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