Paul-Émile Borduas, l’artiste aux idées révolutionnaires

Paul-Émile Borduas en 1946. © Bibliothèque et Archives Canada / Ronny Jaques

Pour la semaine du 3 août 2020.

Le 9 août 1948, Paul-Émile Borduas et 15 autres artistes membres du mouvement Automatiste publient le manifeste Refus global, lequel deviendra une référence centrale de la Révolution tranquille au Québec.

Né à Saint-Hilaire, au Québec, en 1905, Borduas s’intéresse à l’art dès son jeune âge. Il est formé auprès du peintre d’église Ozias Leduc dans les années 1920, avant d’entrer à l’École des beaux-arts de Montréal, où il perfectionne son style artistique. Il enseigne par la suite le dessin au Collège André Grasset de 1933 à 1937, puis à l’École du meuble de Montréal de 1937 à 1948.

Dans les années 1930 et 1940, Borduas s’éloigne du style artistique symboliste qu’il a développé sous l’influence de Leduc. Il explore alors le cubisme, le fauvisme et le surréalisme. Son approche du surréalisme est influencée, en partie, par le poète français André Breton, lequel a mis de l’avant l’idée de l’art spontané, c’est-à-dire sans idées préconçues. Borduas adhère également à l’idée que l’artiste ne doit pas imiter, mais plutôt créer, explorer et expérimenter. Il cherche à faire de l’art «vivant». C’est grâce à ces idées qu’il produit son premier tableau automatiste: Abstraction verte (1941).

À partir de 1941, Borduas guide de jeunes artistes de l’École du meuble et de l’École des beaux-arts de Montréal. Il forme le groupe des Automatistes en s’inspirant des idées de Breton et en explorant diverses disciplines artistiques. Le groupe organise des expositions et des discussions libres de censure où tous les sujets sont abordés pour encourager leur désir de faire de l’artiste une personne impliquée socialement et politiquement, de repousser les limites du possible et d’exploiter au maximum leur potentiel. Il devient donc essentiel pour les Automatistes d’accompagner leur art d’un manifeste, une initiative collective accompagnée de photos d’objets d’art et de nombreuses performances. Le Refus global, dont Borduas est l’auteur principal, est ainsi publié en 1948. Ce manifeste est un refus de la société canadienne-française, une société alors profondément marquée par la religion catholique et repliée sur la tradition. Toutefois, le message du manifeste n’est pas bien reçu, tant par le public que par l’État québécois qui perçoit la publication comme une attaque au pouvoir du clergé et au nationalisme conservateur de Maurice Duplessis, alors premier ministre du Québec.

Borduas perd son emploi à l’École du meuble et quitte le Canada pour New York en 1953, avant de s’exiler à Paris en 1955. Ce n’est qu’à son décès, en 1960, que la communauté prend conscience des aspects positifs des changements proposés dans le manifeste. Les idées avancées par Borduas dans le Refus global ont profondément marqué à la fois la société et l’art québécois.

Ozias Leduc (1864-1955) est désigné personnage d’importance historique nationale. La Commission des lieux et monuments historiques du Canada (CLMHC) conseille le gouvernement du Canada sur la commémoration de personnes historiques nationales – des individus qui ont apporté des contributions uniques et durables à l’histoire du Canada.

Consultez l’annuaire pour en savoir plus sur les désignations fédérales du patrimoine.