Les pensionnats destinés aux enfants autochtones ont existé au Canada du XVIIe siècle jusqu’à la fin des années 1990. Au cours des XIXe et XXe siècles, un système officiel de pensionnats pour les enfants autochtones a été mis sur pied et s’est étendu partout au Canada. L’intervention concertée du gouvernement fédéral dans les pensionnats a commencé dans les années 1880. Selon les estimations, au moins 150 000 enfants des Premières Nations, inuits et métis ont fréquenté ces établissements. Ces écoles étaient en grande partie dirigées par certaines églises et organismes religieux et administrées et financées par le gouvernement fédéral comme un élément essentiel du colonialisme. Ce système a été imposé aux peuples autochtones dans le cadre d’un vaste ensemble d’efforts délibérés d’assimilation visant à détruire leurs cultures et identités riches et à annihiler leurs histoires. Les témoignages des survivants contribuent de façon cruciale à la compréhension des expériences dévastatrices vécues par les enfants dans ces pensionnats et de l’impact à long terme de ces expériences non seulement sur les survivants, mais aussi sur leurs familles et leurs communautés. Tout au long de l’histoire du système des pensionnats, les peuples autochtones ont lutté contre le système de nombreuses façons. Les efforts déployés par les survivants pour raconter leur histoire et obtenir justice ont été le catalyseur indispensable d’une plus grande reconnaissance publique des torts causés par le système de pensionnats et de ses conséquences.

Au cours du XVIIe siècle, des missionnaires catholiques romains ont fondé les premiers pensionnats destinés aux enfants autochtones en Nouvelle-France. Pendant la première moitié du XIXe siècle, sous le régime colonial britannique, des pensionnats pour les enfants autochtones ont été établi dans le Haut-Canada (sud de l’Ontario). Fondées sur des notions de supériorité raciale, culturelle et spirituelle, ces écoles ont tenté de convertir les enfants autochtones au christianisme et de les séparer de leurs cultures traditionnelles.

Avec la colonisation des territoires autochtones dans les années qui ont suivi la Confédération, le gouvernement fédéral a établi et développé un système officiel de pensionnats au moyen de lois et de politiques dont le but était d’accélérer l’assimilation des peuples autochtones dans la société colonisatrice. Le système s’est étendu à l’ouest et au nord et, avec le temps, des pensionnats financés par le gouvernement fédéral ont existé dans presque toutes les provinces et tous les territoires du Canada, la plupart des écoles du nord et du Québec ayant ouvert leurs portes après 1950. En général, les pensionnats ont privilégié une formation axée sur les métiers et l’agriculture pour les garçons et sur l’économie domestique pour les filles. Le gouvernement fédéral finançait également des externats, eux aussi souvent gérés par des organismes religieux. Dans les années 1950 et 1960, le gouvernement fédéral a instauré une politique d’intégration dans le sud du Canada, en vertu de laquelle certains enfants des Premières Nations fréquentaient les écoles du système scolaire provincial, en particulier pour les niveaux supérieurs. Dans le Nord, le gouvernement administrait des externats ainsi qu’une série de foyers pour les enfants des Premières Nations, inuits et métis. De nombreux élèves métis fréquentaient déjà les écoles provinciales. Le processus d’intégration des élèves puis de fermeture des pensionnats a pris des décennies et ne s’est achevé qu’à la fin des années 1990.

Au cours des années d’existence de ce système, les enfants ont été arrachés de leur foyer et, une fois au pensionnat, ont souvent été soumis à une discipline sévère, à la malnutrition et à la famine, à des soins de santé inadéquats, à des abus physiques, émotionnels et sexuels, à de la négligence ainsi qu’à l’éradication délibérée de leurs cultures et de leurs langues. Des milliers d’enfants ont trouvé la mort au pensionnat, et les lieux de sépulture de bon nombre d’entre eux demeurent inconnus. La Commission de vérité et réconciliation du Canada a décrit le système de pensionnats comme un génocide culturel. Les nombreux effets intergénérationnels du traumatisme comprennent des niveaux inférieurs de réussite scolaire et sociale, la violence interpersonnelle et la rupture des relations entre parents et enfants. Les pensionnats ont miné des aspects fondamentaux des cultures autochtones en séparant les peuples autochtones de leurs connaissances et de leurs modes de vie traditionnels, de leurs langues, de leurs structures familiales et de leurs liens avec la terre.

Dès les premiers jours des écoles, les élèves, leurs proches et les dirigeants autochtones ont exprimé leurs objections et ont protesté contre une multitude de choses, allant de la fréquentation scolaire aux piètres conditions, en passant par les mauvais traitements et la qualité inadéquate de l’enseignement. Les enfants ont combattu le système en refusant de renoncer à leurs langues et à leurs identités. Certains se sont enfuis pour tenter de rentrer chez eux, et plusieurs ont ainsi perdu la vie. Au cours des décennies qu’a duré le processus de fermeture des pensionnats, les peuples autochtones ont lutté pour la reconnaissance officielle des torts causés par les pensionnats. Les survivants ont milité pour la reconnaissance et la réparation, en exigeant des gouvernements et des églises qu’ils soient tenus responsables des séquelles durables laissées par ce système. Ces efforts ont finalement abouti à la Convention de règlements relative aux pensionnats indiens, aux excuses du gouvernement et à la création de la Commission de vérité et réconciliation qui a siégé de 2008 à 2015.

L’appel à l’action no 79 de la Commission de vérité et réconciliation a invité en partie le gouvernement fédéral à commémorer l’histoire et les séquelles des pensionnats autochtones. Le Centre national pour la vérité et réconciliation et son Cercle des survivants, Parcs Canada et la Commission des lieux et monuments historiques du Canada ont préparé conjointement cette désignation et collaboré pour déterminer l’importance historique nationale de cet événement important et déterminant de l’histoire du Canada qui continue d’avoir d’importantes répercussions aujourd’hui.