L’ancien pensionnat indien de Shubenacadie
© Soeurs de la Charité, Halifax, Archives de la congrégation

L’ancien pensionnat indien de Shubenacadie a été construit en 1928-1929 dans le district Sipekni’katik de Mi’kma’ki, au sommet d’une petite colline entre la route 2 et la rivière Shubenacadie. Le site surplombe le village de Shubenacadie, en Nouvelle-Écosse, et se situe à sept kilomètres de la Première Nation Sipekne’katik (Indian Brook). Laissé à l’abandon, l’édifice principal a été démoli en 1986 et une usine a été construite sur le site.

La demande de désignation de l’ancien pensionnat indien de Shubenacadie a été soumise à la Commission des lieux et monuments historiques du Canada par le coprésident du groupe de travail sur la culture et le patrimoine du Forum tripartite Mi’kmaq-Nouvelle-Écosse-Canada au nom des survivants du pensionnat de Shubenacadie et de leurs descendants. Parcs Canada et le demandeur ont collaboré pour déterminer les valeurs historiques de cet ancien pensionnat et rédiger le rapport de recherche historique préparé pour la Commission.

Ouvert de 1930 à 1967, cet établissement était le seul pensionnat autochtone des Maritimes. Il faisait partie du système des pensionnats autochtones où le gouvernement fédéral et certaines églises et organisations religieuses travaillaient ensemble afin d’assimiler les enfants autochtones dans le cadre d’un vaste ensemble de démarches visant à détruire les cultures et les identités autochtones et à supprimer leurs histoires. Le pensionnat indien de Shubenacadie a d’abord été géré par l’archidiocèse catholique romain d’Halifax, puis par les missionnaires Oblats de Marie-Immaculée, tandis que les Sœurs de la Charité de Saint-Vincent de Paul d’Halifax se sont chargées de l’enseignement aux enfants.

Des enfants mi’kmaw et wolastoqkew de la Nouvelle-Écosse, de l’Île-du-Prince-Édouard, du Nouveau-Brunswick et du Québec ont fréquenté ce pensionnat. Il est aussi possible que des enfants d’autres communautés autochtones y aient également été envoyés. Ils y ont été soumis à une discipline sévère, à la malnutrition et à la famine, à de mauvais soins de santé, à des abus physiques, émotionnels et sexuels, à l’expérimentation médicale, à la négligence et à la suppression délibérée de leurs cultures et de leurs langues ; certains y sont morts. Dès les premiers jours du pensionnat, les élèves, leurs familles et les dirigeants de la communauté ont exprimé des objections et ont protesté contre tout ce qui s’y rattachait, notamment la fréquentation forcée, les conditions pitoyables, les mauvais traitements et la piètre qualité de l’enseignement. Plusieurs enfants ont lutté contre le système en refusant de renoncer à leur langue et à leur identité. Certains enfants se sont enfuis pour tenter de rentrer chez eux.

Bien que le bâtiment scolaire ne soit plus en place, le site de l’ancien pensionnat est un lieu de mémoire et de guérison pour certains survivants et leurs descendants qui souhaitent préserver l’histoire des pensionnats autochtones dans les Maritimes. D’autres, pour qui le site ne détient aucun statut commémoratif ou de guérison, considèrent que l’édifice et le site témoignent de l’expérience des enfants qui y résidaient et de l’héritage de ces expériences à travers Mi’kma’ki. Plusieurs craignent que les répercussions intergénérationnelles de ces expériences sur les survivants, leurs familles et leurs communautés ne soient oubliées. L’histoire du pensionnat indien de Shubenacadie est très délicate et difficile à élaborer compte tenu du traumatisme qui était, et demeure inhérent à son histoire. De nombreux survivants n’arrivent toujours pas à parler de leurs expériences.