L’ancien pensionnat indien de Portage La Prairie
© Allison Sarkar, Parcs Canada, 2019

Construit en 1914-1915, l’ancien pensionnat indien de Portage La Prairie est situé dans la réserve Keeshkeemaquah, laquelle fait partie des terres de réserve de la Première Nation Long Plain. Une demande de désignation de ce bâtiment a été faite par la Première Nation Long Plain. Parcs Canada et la Première Nation ont collaboré pour déterminer les valeurs historiques de cet ancien pensionnat et rédiger le rapport sur l’édifice préparé pour la Commission des lieux et monuments historiques du Canada.

Ce grand bâtiment en brique de trois étages est l’un des rares exemples subsistants des pensionnats autochtones établis à travers le Canada. Il faisait partie du système de pensionnats autochtones où le gouvernement fédéral et certaines églises et organisations religieuses travaillaient ensemble afin d’assimiler les enfants autochtones dans le cadre d’un vaste ensemble de démarches visant à détruire les cultures et les identités autochtones et à supprimer leurs histoires.

Les enfants envoyés au pensionnat indien de Portage La Prairie provenaient de plusieurs Premières Nations et d’autres communautés autochtones au Manitoba et ailleurs. Dans cet établissement, ils ont fait face à une discipline sévère, à des abus, à du travail exténuant, à de la négligence affective, à des tentatives d’anéantissement de leur langue et de leur culture ainsi qu’à l’isolement de leur famille et de leur communauté. Plusieurs enfants se sont enfuient, dont certains ont été ramenés de force. D’autres ont choisi la voie de la résistance, notamment en continuant secrètement de parler leur langue. Les expériences des survivants du pensionnat indien de Portage La Prairie et des autres pensionnats ont eu des incidences sur les membres de ces Premières Nations pendant des générations.

La conception de ce bâtiment de trois étages est typique des pensionnats autochtones construits au début du XXe siècle et reflète les normes de conception des écoles eurocanadiennes. Sa dimension imposante, son caractère institutionnel et de confinement ainsi que son environnement restrictif inspiraient un sentiment de désaffection, d’intimidation et de peur aux enfants autochtones qui y étaient pensionnaires. Son architecture n’était pas adaptée sur le plan culturel à des enfants habitués à vivre dans un milieu ouvert et familier où ils étaient libres d’explorer.

Le pensionnat a fermé ses portes en 1975. Six ans plus tard, le bâtiment et les terrains environnants ont été cédés à la Première Nation Long Plain afin de remplir en partie leurs droits fonciers issus de traités. Depuis, la Première Nation a adapté l’ancien pensionnat pour lui conférer plusieurs vocations communautaires. Le bâtiment est maintenant connu sous le nom de l’édifice Rufus Price, nommé en l’honneur d’un survivant du pensionnat qui a servi pendant la Seconde Guerre mondiale et est plus tard devenu chef de la Première Nation Long Plain et vice-président du Manitoba Indian Brotherhood. L’ancien pensionnat a acquis un nouveau sens en tant que lieu de résilience et de commémoration qui préserve l’héritage de l’ère des pensionnats autochtones et permet d’éduquer le public.