D’environ 1629 à 1834, plus de 4 000 personnes d’origine africaine ont été assujetties à l’esclavage dans les colonies britanniques et françaises que sont devenues le Québec, l’Ontario, la Nouvelle-Écosse, l’Île-du-Prince-Édouard et le Nouveau-Brunswick, reniant leur humanité, les réduisant au statut de bien vendu et acheté, exploitant leur travail et les soumettant à des violences physiques, sexuelles, psychologiques et reproductives.

Ces colonies mettent en place leurs propres systèmes d’esclavage, ce qui les différencie des autres sociétés esclavagistes des Empires français et britannique, tout en réaffirmant l’interdépendance du monde atlantique à travers leur participation active au commerce des Africains assujettis à l’esclavage et des biens issus de leur labeur à travers les Amériques. En mai 1689, le roi de France Louis XIV sanctionne officiellement la participation de la Nouvelle-France à la traite des esclaves dans l’Atlantique, une pratique vieille de plusieurs siècles, après que l’administrateur colonial, Jean-Baptiste de Lagny (Sieur des Brigandières), ait adressé une pétition au gouverneur et à l’intendant pour qu’ils envoient des Africains assujettis à l’esclavage, insistant sur le fait que la viabilité économique de la colonie dépendait de leur travail forcé. Les Espagnols, les Portugais, les Néerlandais, les Britanniques, les Danois, les Suédois et d’autres Européens ont utilisé des arguments économiques similaires pour justifier la capture d’environ 12,5 millions d’Africains subsahariens et le transport forcé de ces derniers à travers l’océan Atlantique vers leurs colonies des Amériques entre les XVIe et XIXe siècles. Ces hommes, femmes et enfants ont enduré des horreurs inimaginables. Environ 15 % d’entre eux sont morts durant la traversée, connue comme le Passage du milieu.

Les colonies britanniques des Amériques ont été complices de la traite des esclaves dans l’Atlantique, souvent sans jamais définir clairement les fondements juridiques de l’asservissement des Africains. En 1781, l’île de Saint-Jean (Île-du-Prince-Édouard) est devenue la seule colonie d’Amérique du Nord britannique à adopter une législation définissant les paramètres juridiques de l’esclavage. Cependant, la plus grande population de personnes d’origine africaine assujetties à l’esclavage se trouvait probablement en Nouvelle-Écosse. En effet, de nombreux loyalistes de l’Empire-Uni ont fui vers cette colonie après la Révolution américaine et ont amené avec eux des Africains assujettis à l’esclavage en tant que « propriété » exempte de droit.

Dans les colonies britanniques et françaises, la violence faisait partie de la vie quotidienne des personnes d’origine africaine assujetties à l’esclavage. Peu d’entre elles vivaient au-delà de 25 ans. La violence physique à des fins de punition, de représailles ou de déshumanisation allait des coups de fouet avec des chaînes et de la flagellation publique à la torture. Nombre d’entre elles étaient également victimes d’exploitation, d’abus et de violence sexuels, en particulier les filles et les femmes, qui n’avaient aucun contrôle sur leur corps et aucun droit concernant leur reproduction.

Les personnes d’origine africaine assujetties à l’esclavage ont lutté de nombreuses manières, notamment en s’appropriant, en adaptant ou en rejetant les religions qui leur étaient imposées par les Européens, en détruisant les outils pour limiter leur productivité et en s’enfuyant pour se réfugier dans des communautés de personnes libres d’origine africaine ou pour retrouver des membres de leur famille, s’exposant ainsi au risque d’être capturées de manière violente et assujetties de nouveau à l’esclavage. Certains ont contesté la légalité de leur assujettissement devant les tribunaux, ce qui a contribué au déclin de l’esclavage des Africains dans le Bas-Canada à la fin des années 1790. D’autres personnes libres d’ascendance africaine en Amérique du Nord et en Europe occidentale ont milité pour mettre fin à l’esclavage à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle, lorsque le mouvement pour l’abolition a commencé à prendre forme.

En 1793, l’Assemblée législative du Haut-Canada (Ontario) est devenu la première de l’Amérique du Nord britannique à introduire une loi qui impose des limites à l’esclavage des Africains. Cette loi était une réponse au témoignage de Peter Martin, une personne d’origine africaine anciennement assujettie à l’esclavage et un vétéran de la guerre révolutionnaire américaine. Il a raconté comment une femme assujettie à l’esclavage nommée Chloe Cooley a été transportée « violemment et de force » chez des esclavagistes à New York. Le lieutenant-gouverneur John Graves Simcoe a plaidé en faveur de l’abolition, ce qui l’amena à s’opposer aux membres du corps législatif qui pratiquaient l’esclavage. Finalement, la loi de 1793 interdit l’« importation » de personnes assujetties à l’esclavage, mais n’affranchit personne. De nombreuses personnes assujetties à l’esclavage ont ensuite fui vers le nord des États-Unis, s’installant dans des endroits qui avaient déjà aboli l’esclavage.

Il a fallu l’adoption de la Loi sur l’abolition de l’esclavage par le Parlement britannique pour finalement interdire cette pratique dans la majeure partie de l’Empire, à compter du 1er août 1834. Cette loi a été rédigée en tenant compte des Antilles : ses dispositions relatives à l’apprentissage des personnes anciennement assujetties à l’esclavage et à la compensation financière des propriétaires d’esclaves n’ont pas été appliquées dans les colonies de l’Amérique du Nord britannique. Dans les années qui ont suivi, les Afro-Canadiens ont marqué le jour de l’Émancipation avec des événements qui ont finalement donné lieu à des festivals comme le Caribana à Toronto, en Ontario, qui a eu lieu pour la première fois en 1967.

Après 1834, les personnes d’ascendance africaine étaient légalement libres, mais elles n’étaient pas égales : elles ont été confrontées à une importante ségrégation raciale, à la discrimination, à des préjugés et à des inégalités dans la société canadienne, ce qui est, du moins en partie, un héritage de l’esclavage.

Le Programme national de commémoration historique repose sur la participation des Canadiens afin d’identifier les lieux, les événements et les personnages d’importance historique nationale. Tous les membres du public peuvent proposer un sujet afin qu’il soit étudié par la Commission des lieux et monuments historiques du Canada. Pour de plus amples informations sur le processus de présentation d’une demande de désignation, consultez la page suivante : https://www.pc.gc.ca/fr/culture/clmhc-hsmbc/ncp-pcn

Parcs Canada et la Commission des lieux et monuments historiques du Canada tiennent à remercier Nadine Williams d’avoir proposé la désignation de l’esclavage des Africains au Canada dans le cadre du Programme national de commémoration historique. Nadine Williams est poète, auteure et éducatrice artistique jamaïcaine canadienne.