Créé en 1901 autour d’une usine de production de pâtes et papiers et déserté depuis 1927, le village de Val-Jalbert constitue un bel exemple de ville industrielle associée à l’exploitation des pâtes et papiers du début du XXe siècle, laquelle se distingue par son authenticité et par la préservation de son environnement bâti. Conçu par phases successives selon un plan d’urbanisme qui en guide sa croissance, le village de Val-Jalbert se caractérise par la présence de deux secteurs distincts, la haute et la basse-ville, par un ensemble unique d’équipements industriels, d’édifices institutionnels et commerciaux et par quatre types de maisons d’ouvriers faites entièrement de bois réparties sur une demi-douzaine de rues. La conservation et la mise en valeur de ce « village fantôme » comme musée en plein air à partir du début des années 1960 en font un exemple particulièrement éloquent de l’intérêt grandissant pour la sauvegarde du patrimoine bâti qui a lieu au pays à partir de la seconde moitié du XXe siècle.

La rue Saint-Georges, Village historique de Val-Jalbert, Chambord, Québec
© Christine Boucher, Parks Canada, 2018

Le village historique de Val-Jalbert, d’une superficie d’environ 1,7 kilomètre carré, est situé dans la municipalité régionale de comté (MRC) du Domaine-du-Roy, au sud-ouest du lac Saint-Jean. Les résultats d’études archéologiques témoignent de l’occupation humaine dans cette région qui remonte à au moins 6 000 ans. Dans les années 1840, lorsque la colonisation de la région a débuté, cette région se situait dans le territoire des Innus. Le développement de l’industrie forestière, par l’octroi de territoires de coupe de bois et l’implantation d’usines de production de pâte de bois, a empiété sur le territoire des Innus. Ces derniers ont demandé aux autorités une indemnisation et la protection de leurs territoires. En 1856, la réserve Mastheuiatsh (Pointe-Bleue) a été créée. C’est la seule communauté innue dans la région du lac Saint-Jean.

Village historique de Val-Jalbert, Chambord, Québec
© Christine Boucher, Parks Canada, 2018

Dès 1898, l’entrepreneur forestier Damase Jalbert entreprend le projet de construire et d’exploiter une pulperie sur la rivière Ouiatchouan. La construction de l’usine, inaugurée en 1902, et l’aménagement d’une première zone d’habitations dans le village se font simultanément. Plusieurs éléments naturels structurent l’espace, dont la rivière Ouiatchouan et ses chutes, le canyon de la rivière, les espaces boisés, la topographie du site de même que le réseau de rues et de sentiers. Au fil des ans, quatre différents types de maisons ouvrières sont érigées au sein de deux principaux secteurs d’habitations, à savoir la basse et la haute-ville. Dès 1924, la crise qui prévaut dans le marché de la pâte de bois mène à mal l’usine, ce qui conduit à la mise à pied des ouvriers qui chercheront du travail dans les localités avoisinantes. L’usine de Val-Jalbert ferme officiellement ses portes le 13 août 1927 en raison de difficultés financières.

L’ancien couvent-école, Village historique de Val-Jalbert, Chambord, Québec
© Christine Boucher, Parks Canada, 2018

En août 1949, le gouvernement du Québec se porte acquéreur des installations de Val-Jalbert, mais ce n’est qu’à partir de 1960 que le site est ouvert aux visiteurs. N’ayant subi que peu de transformations, le site conserve son organisation spatiale d’origine. Une trentaine de maisons ont été restaurées au fil des ans, à l’instar d’autres bâtiments majeurs qui occupent aujourd’hui diverses fonctions pour les visiteurs, notamment l’usine, le magasin général, l’ancienne boucherie, le couvent et une maison d’hébergement. Une dizaine d’autres maisons ont été intentionnellement laissées à l’état de ruines, laissant la végétation envahir leur fondation pour évoquer l’époque ancienne de ce village fantôme. Le village historique de Val-Jalbert accueille maintenant chaque année 60 000 visiteurs.

Village historique de Val-Jalbert, Chambord, Québec
© Christine Boucher, Parks Canada, 2018