Le Sergent Tommy Prince (à droite), M.M. Médaille militaire, 1er bataillon de parachutistes canadiens, en compagnie de son frère, le Soldat Morris Prince, à une cérémonie d'investiture au palais de Buckingham.
© (Christopher J. Woods / Canada. Min. de la Défense nationale / Bibliothèque et Archives Canada / PA-142289)

Tommy Prince était un important activiste et ancien combattant anishinaabe dont la vie courageuse et tragique trouve depuis longtemps une résonnance populaire. Son histoire est un des exemples les plus connus des contributions des soldats autochtones en temps de guerre au milieu du XXe siècle, ainsi que du mauvais traitement reçu à leur retour à la vie civile au Canada. Ses réussites ont attiré l’attention des médias nationaux durant sa vie et lui ont mérité de nombreux hommages posthumes. 

Thomas George Prince est membre fondateur du corps d’élite que fut le 1er Bataillon de parachutistes canadien et Première Force de Service spécial (Brigade du diable) pendant la Seconde Guerre mondiale. En 1951, il participe à la valeureuse défense de la colline 677 dans la bataille de Kap’yong pendant la guerre de Corée, pour laquelle le Princess Patricia’s Canadian Light Infantry reçoit la Distinguished Unit Citation des États-Unis – la seule occasion où une unité canadienne a reçu cette distinction. De plus, il est un dirigeant éminent du mouvement des droits des Premières Nations dans les années 1940. Il représente les intérêts des Premières Nations au Manitoba à l’échelle nationale, préconisant l’abolition de la Loi sur les Indiens, et exigeant le respect des traités existants lors de son témoignage très médiatisé devant un comité spécial mixte du Sénat et de la Chambre des communes en 1947. La participation de Prince et d’autres dirigeants des Premières Nations constitue une étape importante dans la reconnaissance de leurs dirigeants politiques par le gouvernement fédéral, renforçant le mouvement des droits des Premières Nations.

Prince est né en octobre 1915 à Petersfield, au Manitoba. Il est l’arrière-arrière-petit-fils du respecté Chef ojibway Peguis, et l’un des onze enfants issus de l’union d’Elizabeth et Henry (Harry) Prince. En 1920, ils déménagent leur famille à Scanterbury, au Manitoba, pour s’installer dans la réserve de Brokenhead (aujourd’hui la Nation ojibway Brokenhead). À l’âge de cinq ans, Tommy Prince est forcé de quitter sa communauté pour entrer au pensionnat indien d’Elkhorn, où il se joint au corps des Cadets.

En 1940, Prince se porte volontaire pour combattre pour le Canada pendant la Seconde Guerre mondiale. Il passe de sapeur à caporal suppléant au sein du Génie royal canadien, avant de se porter volontaire dans le 1er Bataillon de parachutistes canadien en 1942. Peu de temps après, il est affecté au corps d’élite qu’est le 1er Bataillon canadien du service spécial, rattaché au Première Force de Service spécial (Brigade du diable). Devenu sergent à la fin de la guerre, il est l’un des trois Canadiens à recevoir à la fois la Silver Star (É.-U.) et la Médaille militaire. Le roi George VI lui remet les deux décorations lors d’une cérémonie au palais de Buckingham en 1945, peu de temps avant que Prince ne soit libéré de l’armée.

Après la guerre, il accepte d’occuper la fonction de vice-président et de porte-parole de la Manitoba Indian Association et comparaît à ce titre devant un comité spécial mixte du Sénat et de la Chambre des communes chargé d’étudier la Loi sur les Indiens. Lors de son témoignage en 1947, il plaide en faveur de l’abolition de la Loi sur les Indiens et du respect des traités existants. Il y présente également des mémoires de Premières Nations au Manitoba préconisant, par exemple, l’amélioration des écoles, de meilleures conditions de vie et l’élargissement des droits de chasse, de piégeage et de pêche.

Lorsque le Canada s’engage dans la guerre de Corée en 1950, Prince se porte de nouveau volontaire. Il sert avec le 2e Bataillon, Princess Patricia’s Canadian Light Infantry et prend part à la valeureuse défense de la colline 677 lors de la bataille de Kap’yong (1951).

Le service militaire affecte lourdement sa santé et, après sa libération honorable de l’armée, il fait face à un retour difficile à la vie civile au Manitoba. Tommy Prince fait face à de la discrimination, à la maladie et à la pauvreté dans les années qui suivent. Il décède en 1977.