La maison Park, élévation avant, 214 rue Dalhousie, Amherstburg, Ontario, construite à la fin du XVIIIe siècle
La maison Park, Amherstburg, Ontario
© J. A. Cousineau, Parcs Canada, 2017

La maison Park, une résidence du XVIIIe siècle située sur la principale rue commerciale d’Amherstburg, en Ontario, est considérée comme l’une des plus anciennes maisons de la région. La date exacte de sa construction est inconnue, mais il est dit depuis longtemps que cette habitation dotée d’un entrepôt a été transportée sur les eaux de la rivière Détroit jusqu’au Haut-Canada par ses propriétaires loyalistes lorsque l’Angleterre a cédé Détroit aux Américains, en 1796. La maison Park possède une histoire associée aux fluctuations économiques qu’a connue cette région transfrontalière du sud de l’Ontario. Son utilisation initiale par les marchands relocalisés de Détroit puis sa transformation par les frères Park dans le contexte de l’industrie maritime locale sont des témoins historiques de la colonisation dans la région de Windsor, là où les enjeux du pouvoir colonial se manifestaient non seulement dans les frontières floues, mais aussi dans l’architecture et les paysages de la région. Il s’agit d’un rare exemple de bâtiments de type colonial qui étaient autrefois très courants dans les colonies et les postes de traite partout en Amérique du Nord. Sa conception asymétrique, l’aménagement d’un couloir central et la construction de poteaux rainurés de type français tirent leur origine des caractéristiques courantes des bâtiments canadiens-français.

Située sur un grand terrain bordant la rivière Détroit, la maison Park appartient à des groupes ou à des particuliers œuvrant dans le commerce fluvial entre les années 1790 et le milieu du XIXe siècle. Elle sert aux marchands relocalisés de Détroit à la fin du commerce de la fourrure avec la France et l’Angleterre, à l’époque où la frontière internationale avec les États-Unis est tracée. En 1823, la maison est achetée par les frères Park, qui la transforment pour l’utiliser pour l’industrie maritime locale. De 1881 à 1936, la maison est habitée par un médecin de la région, Theodore Park, qui y établit son cabinet et fait construire une aile pour y installer ses bureaux.

La maison Park présente une variante du style de construction pièce sur pièce connue sous le nom de construction poteaux-en-coulisse. La méthode de construction pièce sur pièce, qui consiste à superposer des pièces équarries à l’horizontale, est une caractéristique importante du paysage de la Nouvelle-France. Des poteaux de coin et de mur verticaux sont mortaisés, soutenant les extrémités tenonnées des rondins horizontaux, qui glissent les uns sur les autres. Le style pièce sur pièce se répand dans tout le pays durant le commerce de la fourrure grâce au travail d’artisans accomplis.

Au cœur de la région où se trouve le plus ancien établissement français permanent en Ontario, la maison Park témoigne de la mobilité de la population de descendance française à l’heure où le Régime français tire à sa fin et que le Haut-Canada fait son apparition. Par son architecture, la maison Park relate l’histoire des commerçants et des artisans qui ont peuplé la région de Windsor. En 1972, lorsque le bâtiment est installé à l’endroit où il se trouve aujourd’hui, la structure de ses murs intérieurs a été révélée. Elle l’est restée depuis, témoignant de la manière dont les artisans français ont mis à profit leur ingéniosité pour adapter d’anciennes techniques à la topographie, aux matériaux et au climat d’une nouvelle terre.