Hommes portant des masques pendant l'épidémie de grippe espagnole, 1918.
© Expiré (Crédit: Bibliothèque et Archives Canada / PA-025025)

La virulente grippe espagnole, une forme d’influenza dévastatrice et inconnue, a frappé le Canada entre 1918 et 1920. Cette pandémie internationale a entrainé la mort d’environ 55 000 personnes au Canada, en majorité de jeunes adultes âgés entre 20 et 40 ans. Ces décès ont aggravé les répercussions de la perte de plus de 60 000 Canadiens et Canadiennes tués en service durant la Première Guerre mondiale (1914-1918). Des mesures de quarantaine inadéquates, l’impuissance face à la maladie et le manque de coordination dans les efforts des autorités sanitaires ont entrainé un chaos insurmontable. Au péril de leur vie, des infirmières, des bénévoles et des associations caritatives ont assuré la survie d’un grand nombre de malades et de leurs proches. La grippe espagnole, événement marquant de l’évolution de la santé publique au Canada, a donné lieu à la création du ministère fédéral de la Santé en 1919; ce ministère a instauré un partenariat entre les différents ordres de gouvernement, faisant de la santé publique une responsabilité conjointe où l’État joue un rôle de premier plan.

Sans vaccin ni traitement efficace, cette pandémie dévastatrice touche toutes les régions habitées du monde, dont le Canada. Elle se présente en plusieurs vagues. La première a lieu au printemps de 1918. À l’automne de la même année, la mutation du virus grippal produit une forme extrêmement contagieuse, virulente et mortelle de la maladie. Cette deuxième vague cause 90 % des décès survenus durant cette pandémie. Les vagues suivantes ont lieu au printemps de 1919 et au printemps de 1920. Les décès, estimés entre 50 et 100 millions, coûtent la vie d’environ 2,5 % à 5 % de la population mondiale. La plupart des victimes sont dans la force de l’âge.

Au Canada, la grippe est arrivée dans les villes portuaires de Québec, de Montréal et d’Halifax, puis s’est propagée vers l’ouest partout au pays. L’intensification de l’effort de guerre durant la dernière année de la guerre a joué un rôle déterminant dans la transmission de la maladie. Les troupes qui traversaient le Canada d’est en ouest en train, afin de prendre part à la guerre en Sibérie, ont ramené le virus avec elles. Les quarantaines maritimes, ayant contré l’introduction d’épidémies au Canada au XIXe siècle, ont été inadéquates puisque la circulation des porteurs de la maladie s’est faite à l’intérieur du territoire où aucune mesure de quarantaine n’a été prévue. Les autorités municipales et provinciales ont essayé de sauver des vies en interdisant les rassemblements publics et en isolant les malades, mais ces mesures n’ont été que très peu efficaces. À mesure que les taux d’infection augmentaient, le nombre de travailleurs en bonne santé diminuait. En peu de temps, l’économie canadienne est paralysée. Les professionnels de la santé ont possiblement été les plus touchés. En dernier recours, ce sont des bénévoles, des infirmières, du personnel paramédical et des communautés religieuses qui, au péril de leur propre vie, visitent les malades et leur famille pour leur prodiguer quelques soins de santé et apporter le nécessaire à leur survie.

Critiqué pour ne pas avoir fourni les ressources nécessaires et coordonné le travail des administrations sanitaires du pays, le gouvernement fédéral a répondu à la crise en fondant le ministère de la Santé en 1919. La santé publique est alors devenue une responsabilité partagée par tous les ordres de gouvernement.