Curé Antoine Labelle
Curé Antoine Labelle
© William Notman. Société d’histoire de la Rivière-du-Nord; Fonds Mgr Paul Labelle.

Personnage marquant de la seconde moitié du XIXe siècle au Québec, Antoine Labelle est un prêtre catholique qui a été curé de la paroisse de Saint-Jérôme de 1868 à 1891. Connu sous le nom de curé Labelle, il est aussi surnommé le « Roi du Nord » parce qu’il veut endiguer le phénomène d’émigration des Canadiens français vers les États-Unis par leur établissement sur les territoires du nord du Québec et de l’Ontario ainsi que du Manitoba. Principal artisan de la colonisation des Laurentides et promoteur de son développement économique et de son réseau ferroviaire, il participe à la fondation d’une vingtaine de paroisses et à l’établissement de près de 5 000 habitants non-autochtones dans cette région. Il est aussi reconnu pour son rôle comme sous-ministre du ministère de l’Agriculture et de la Colonisation de 1888 à 1890 pour le gouvernement du Québec. En 1885 et 1890, il effectue deux missions gouvernementales en Europe afin de recruter de nouveaux colons de langue française et de stimuler les échanges économiques.

Né à Sainte-Rose (Laval) dans le Bas-Canada, Antoine Labelle devient prêtre à l’âge de 23 ans avant même d’avoir atteint l’âge canonique requis qui est de 24 ans. Labelle sera assigné à plusieurs paroisses au cours des 12 prochaines années. En 1859, il obtient sa première cure à Saint-Antoine-Abbé. Pendant son séjour dans cette paroisse, il commence à développer des qualités de médiateur et prend conscience de l’émigration massive en cours des Canadiens français vers la Nouvelle-Angleterre. Le 15 mai 1868, Labelle est nommé curé de la paroisse de Saint-Jérôme. Il passera 22 ans de sa vie au service de cette communauté. Jouissant d’une grande influence au sein du Parti conservateur, le chef spirituel de la paroisse la plus populeuse du comté de Terrebonne entreprend son ambitieux projet, croyant qu’en mettant en valeur de nouvelles terres agricoles au nord de l’île de Montréal, il endiguera l’émigration des Canadiens français vers les États-Unis.

Le projet de colonisation du curé Labelle s’inscrit dans la logique coloniale qui est mise en place au XIXe siècle au Québec. À cette époque, la population d’origine européenne au Bas-Canada qui augmente empiète sur les territoires autochtones dans la vallée du Saint-Laurent tandis que l’intérieur des terres est visé par le développement forestier et la colonisation. La région convoitée par Labelle est occupée par diverses populations humaines depuis près de 6 000 ans et fait partie du territoire des Anishinabe. Confrontés à l’expansion coloniale, ces derniers présentent des pétitions aux autorités coloniales demandant la protection de leurs territoires et le versement d’une compensation financière pour les terres occupées sans leur accord. En retour, le gouvernement réserve des terres à l’usage exclusif des Anishinabe, ce qui a également servi l’objectif d’assimilation et de colonisation du gouvernement, qui vise à forcer les Premières Nations à s’établir de manière permanente et à adopter un mode de vie basé sur l’agriculture. Les Anishinabe n’abandonnent pas pour autant leur territoire traditionnel, continuant à l’habiter et à y mener de nombreuses activités de subsistance comme la chasse et la pêche.

Le curé Labelle devient un personnage légendaire québécois grâce à son œuvre, mais aussi grâce à ceux qui ont perpétué son souvenir dans la mémoire collective, y compris Claude-Henri Grignon qui le dépeint dans sa série télévisée Les belles histoires des pays d’en haut, et dans la toponymie du Québec qui compte de nombreux endroits dédiés à sa mémoire.