Fiche d’information

Dans le contexte d’un secteur canadien du blé en pleine expansion au début du XXe siècle, E.A. Partridge joue un rôle important dans le mouvement de protestation des agriculteurs de l’Ouest canadien. Il contribue à la création de la première organisation agricole protestataire, la Territorial Grain Growers’ Association (TGGA), de la première entreprise de commercialisation de grains appartenant à une coopérative, la Grain Growers’ Grain Company (GGGC), et du journal appuyant le mouvement, le Grain Growers’ Guide. Toutes ces activités ont eu d’importantes répercussions sur l’économie et la vie sociale de l’Ouest canadien. Par ses écrits et son travail d’organisation, ce visionnaire politique conçoit, organise et popularise une forme de coopérative de producteurs visant à réglementer les ventes et la production de grains dans l’intérêt des agriculteurs. Il milite également en faveur de la création de coopératives céréalières, il agit en faveur d’une alliance entre les travailleurs et les agriculteurs et il élabore une vision pour une réforme politique et sociale fondée sur la coopération.

Né en 1861 dans le Haut-Canada (aujourd’hui l’Ontario), Partridge devient enseignant avant de déménager dans l’Ouest avec son frère et de s’établir à Sintaluta (Saskatchewan). Partridge devient une figure dominante au sein du mouvement des agriculteurs en plein essor et contribue à l’organisation de la TGGA en 1902. Partridge se rend ensuite à Winnipeg pour enquêter sur les activités de la Bourse des céréales de Winnipeg et il est choqué par la spéculation dont il est témoin. Il rentre alors chez lui pour aider à la fondation de la GGGC en 1906, première coopérative de commercialisation de céréales appartenant à des agriculteurs, et il en devient le premier président. Il devient le premier rédacteur en chef de ce qui deviendra rapidement un journal influent dans les Prairies, le Grain Growers’ Guide, qu’il utilise pour sensibiliser les fermiers et les agriculteurs en milieu urbain afin d’apporter des changements sociaux plus marqués. Partridge fait également la promotion du « plan Partridge », qui vise à créer des syndicats du blé, et contribue, en 1909, à la fondation de la première organisation nationale d’agriculteurs au Canada, soit le Dominion Council of Agriculture.

Il parvient certes à obtenir le statut d’homme d’État chevronné respecté au sein du mouvement agraire, mais son influence s’effrite au cours des années de guerre pendant lesquelles il essuie aussi plusieurs pertes personnelles. Cependant, il émerge de nouveau après la guerre pour promouvoir l’idéal d’une coopérative céréalière canadienne qui devient une réalité en 1935. Il s’intéresse également à la formation de l’Union des agriculteurs du Canada, devient membre du Parti progressiste et contribue à la fondation de la Saskatchewan Co-operative Wheat Producers Limited, qui deviendra le Saskatchewan Wheat Pool. Par manque de patience pour gérer les organisations une fois qu’elles sont lancées, Partridge choisit d’exposer ses idées par l’entremise du Grain Growers’ Guide et, en 1925, il publie A War on Poverty, un livre qui prône une société utopique fondée sur la coopération, ou un commonwealth coopératif. Dans les années 1930, le radicalisme de l’Ouest trouve son expression dans la Fédération du commonwealth coopératif, qui reprend bon nombre des idées de Partridge ainsi que son expression « commonwealth coopératif » dans le nom de l’organisation. Malheureusement, Partridge meurt en 1931, deux ans avant sa formation.