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La taverne Montgomery : un lieu de rébellion

Cette histoire est parue à l’origine en 2010

Le 8 décembre 1837, la grande offensive de la Rébellion du Haut-Canada culmine en une escarmouche aussi brève que sanglante qui se joue à la taverne Montgomery, située juste au nord de York (aujourd’hui Toronto). Les rebelles dirigés par William Lyon Mackenzie, qui luttent pour des réformes démocratiques, se butent contre un détachement de la milice loyale à la Couronne déterminé à mater leur soulèvement.

Portrait de William Lyon Mackenzie
© Archives de l’Ontario - S2123 I0014670
En 1837, le pouvoir politique est concentré entre les mains d’un petit groupe influent connu sous le nom de « Family Compact », dont les membres sont issus de l’élite coloniale. Sans avoir été élus, ces hommes contrôlent l’économie et exercent le pouvoir en veillant d’abord à protéger leurs propres intérêts. Mackenzie dénonce vivement leurs pratiques dans ses publications. Il préconise un système de gouvernance dans lequel toutes les strates de la société seraient responsables envers le peuple. Toutefois, après des années d’efforts pacifiques pour instaurer des réformes politiques, il est convaincu que seule la rébellion armée suffira à arracher le pouvoir à ces usurpateurs.

Le vendredi 1er décembre, Mackenzie rédige une « déclaration d’indépendance ». Ses partisans se rassemblent peu à peu à la taverne Montgomery, lieu de rencontre idéal situé à quelques pas de l’hôtel de ville en empruntant la rue Yonge vers le sud. Environ 800 hommes mal équipés entendent l’appel aux armes de Mackenzie et la taverne devient le lieu des derniers préparatifs de la rébellion.

Le 3 décembre, Alderman John Powell, en patrouille depuis la ville, croise Mackenzie qui est en reconnaissance de son chemin d’attaque. Après un vif échange, Powell abat l’un des rebelles et court alerter les autorités de la ville. Les rebelles perdent ainsi l’effet de surprise.

La bataille de la taverne Montgomery
© W. P. Bull, "From Brock to Currie" (Toronto, 1935).
Deux jours plus tard, Mackenzie s’engage dans la rue Yonge à la tête de ses hommes. Ils se heurtent à une avant-garde de 20 loyalistes qui ouvrent le feu. Les rebelles de la première rangée de la formation ripostent et s’accroupissent prestement pour laisser place aux tirs de leurs camarades de la deuxième rangée. Mais dans la pénombre il est difficile de distinguer l’adversaire et de nombreux rebelles croient à tort que toute la première rangée a été fauchée par les tirs ennemis. En proie à la panique, ils battent en retraite à la taverne Montgomery. Le 8 décembre, environ 1 500 loyalistes bien armés et bien organisés marchent sur la taverne et laissent peu d’espoir de victoire pour les rebelles. Nombreux sont ceux qui fuient à la seule vue de l’artillerie, qui perce les défenses rebelles en moins de 30 minutes. Les vainqueurs mettent le feu à la taverne, tandis que chez les vaincus, Mackenzie déguerpit vers la frontière américaine.

William Lyon Mackenzie est désigné personne d’importance historique nationale en 1949 et, en tant que siège de sa rébellion, l’ancien emplacement de la taverne Montgomery est désigné lieu historique national en 1925. Louis-Joseph Papineau, le chef des Rébellions du Bas-Canada de 1837-1838, est aussi désigné personne d’importance historique nationale en 1937.

Cette année marque le 175e anniversaire des Rébelllions du Haut et du Bas-Canada. Pour en savoir plus sur la vie de William Lyon Mackenzie ou sur les Rébellions du Haut et du Bas-Canada, consultez les articles suivants dans les archives de Cette semaine en histoire : Mackenzie: un homme qui incarne le changement, Un premier ministre étonnant!, Un gouvernement responsable, Louis-Joseph Papineau : tout un personnage!, L'artère principale du Haut-Canada et La bataille de Saint-Eustache.

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