Cette semaine en histoire

Archives

L’équipe de baseball des Asahi : une leçon de persévérance

Semaine du lundi 23 avril 2012

Le 28 avril 2005, l’équipe de baseball nippo-canadienne des Asahi, autrefois le fleuron de « la petite Tokyo » de Vancouver, est intronisée au Temple de la renommée des sports de la Colombie-Britannique. L’équipe mérite cette marque de reconnaissance pour avoir dominé la scène du baseball vancouveroise pendant les années précédant la Seconde Guerre mondiale. En 1937, et pendant cinq années consécutives, elle remporte le championnat de baseball nippon du Pacifique Nord-Ouest, lancée qui sera freinée par la dissolution forcée de l’équipe en 1941.

L’équipe des Asahi, gagnante du championnat de baseball nippon du Pacifique Nord-Ouest de 1941
© Avec la permission de Mme Pat Adachi – photo tirée de son livre Asahi: A Legend in Baseball, p.127

Durant la première moitié du 20e siècle, les Canadiens d’origine japonaise sont constamment victimes de racisme et de discrimination, ce qui n’empêche pas les Asahi de jouer avec fierté et dignité et de faire preuve d’esprit sportif. Ils misent sur la rapidité et sur un jeu défensif remarquable, adoptant un style de jeu particulier appelé « brain ball » (jeu astucieux) pour battre les équipes euro-canadiennes aux joueurs plus costauds et aux frappeurs plus puissants. Ils s’attirent ainsi le respect et l’admiration des joueurs euro-canadiens et de leurs partisans, et deviennent rapidement les idoles de la communauté japonaise du Canada.

En 1941, à la suite de l’attaque surprise de Pearl Harbor par les Japonais, un climat de paranoïa intense et de racisme anti-asiatique s’abat sur le pays et conduit à l’internement des Canadiens d’origine japonaise, sans égard pour leur citoyenneté. Tous les joueurs de l’équipe des Asahi et près de 21 000 de leurs admirateurs canadiens d’origine japonaise sont envoyés dans différents camps d’internement ou dans des « villages supervisés » où ils restent jusqu'à la fin de la guerre. Le climat d’harmonie interculturelle auquel avait contribué le baseball est réduit à néant en un éclair.

Camp d’internement japonais dans le Centre de la Colombie-Britannique
© Jack Long / Office national du film du Canada / Bibliothèque et Archives Canada / PA-142853, 1945

Dans leurs camps respectifs, les anciens joueurs des Asahi mettent sur pied des équipes de baseball pour tous ceux qui souhaitent jouer. Encore une fois, le baseball sert à transcender les barrières culturelles. Dans la ville supervisée et isolée de Lillooet, en Colombie-Britannique, Kaye Koichi Kominishi rassemble une équipe. Peu de temps après, des parties sont organisées chaque semaine entre l’équipe de Kaye et une équipe formée d’agents de la GRC. En 1943, quatre équipes de différents camps d’internement se voient accorder la permission de participer au championnat de Slocan Valley, accompagnées de leurs partisans, eux aussi internés. Le tournoi est si populaire qu’il attire des milliers de partisans enthousiastes, dont bon nombre sont euro-canadiens.

L’équipe des Asahi demeure à ce jour le symbole de la lutte des Canadiens d’origine japonaise pour l’égalité et le respect. En rétablissant la tradition du baseball au sein de ses communautés, l’équipe est parvenue à apaiser l’humiliation provoquée par l’internement et la dispersion. Le baseball a ainsi favorisé l'intégration et le rapprochement entre les Canadiens d’origine japonaise et les Euro-canadiens avant, pendant et après l’internement. C’est pour ces raisons, entre autres, que l’équipe de baseball des Asahi a été désignée un événement d’importance historique nationale en 2008.

Pour en savoir plus sur l’équipe de baseball Asahi ainsi que sur l’internement des Canadiens d’origine japonaise, consultez ces articles de Cette semaine en histoire : Un épisode tragique de notre histoire, La promesse et Les Asahi affrontent les Giants de Tokyo!.

Date de modification :