Cette semaine en histoire

Archives

À la défense de l’esprit italien de Montréal

Semaine du lundi le 28 novembre 2011

Le 30 novembre 2002, Notre-Dame-de-la-Défense, l’église-mère de la congrégation italienne de Montréal et la plus vieille église encore debout construite expressément pour une paroisse italienne au Canada, est désignée lieu historique national.

L'église Notre-Dame-de-la-Défense vue du parc Dante
© Le Québec en images, CCDMD. Photo par Denis Chabot.
« Berceau de la communauté italienne du Canada », Montréal compte 50 familles italiennes en 1868. Originaires du Nord de l’Italie, ces premiers immigrants sont des professionnels, des entrepreneurs (comme Carlo Catelli, fondateur de la compagnie de pâtes), des sculpteurs, des peintres et des musiciens. Par la suite, les Italiens qui s’installent à Montréal sont pour la plupart de jeunes hommes qui comptent retourner dans leur pays. Dans les années 1900, les modèles de migration changent de nouveau et ce sont des familles venues des régions agricoles pauvres du Centre-Sud de l’Italie qui s’établissent au Canada. De 1890 à 1898, Montréal reçoit chaque année en moyenne 400 nouveaux immigrants italiens. En 1905, ce chiffre passe à 6 000.

Pour servir cette population en pleine croissance, le diocèse de Montréal crée en 1910 la paroisse de Notre-Dame-de-la-Défense, au nord du Mile-End, encore rural à l’époque. La paroisse tire son nom de La Difesa (protection), un lieu sacré de la région de Campobasso, en Italie, le paese, ou pays, de nombreux paroissiens. Situé au bout d’une voie ferrée existante, l’endroit est parfait pour une communauté italienne au passé agricole. Les familles peuvent y aménager des jardins maraîchers et les Italiens embauchés par le chemin de fer peuvent aisément se rendre au travail. Conçue et bâtie de 1919 à 1923 par le prolifique artiste italo-canadien Guido Nincheri (1885-1973), l’église actuelle est vite devenue le point d’ancrage de cette « colonie italienne » aujourd’hui appelée la « Petite Italie ». 

L’inoubliable fresque de l’abside
© Parcs Canada / 2001.

À l’extérieur, l’architecture romane se caractérise par des murs massifs, des arches arrondies et une ornementation plutôt sobre qui contraste fortement avec le riche intérieur Renaissance, comprenant les vitraux translucides de Nincheri et 1 200 mètres carrés de fresque. L’inoubliable fresque de l’abside présente des figures historiques contemporaines, dont le pape Pie XI, Guglielmo Marconi, l’inventeur de la radio, et des membres du clergé québécois comme le cardinal Villeneuve, archevêque de Québec. Sans doute par espièglerie, Nincheri s’y est lui-même représenté, en plus d’y inclure ses fils Gabriel et Georges. Toute la fresque célèbre les Accords de Latran de 1929 qui faisaient de la Cité du Vatican un État indépendant.

Notre-Dame-de-la-Défense dessert toujours la communauté italo-canadienne de Montréal. Par ses murales inspirées de la Renaissance italienne, ses fresques et son iconographie adaptée au contexte canadien, elle demeure un exemple rare et remarquable d’expression de cette communauté culturelle. C’est pour ces motifs que Notre-Dame-de-la-Défense est commémorée à titre de lieu historique national.

Pour en savoir plus au sujet de Guido Nincheri, consultez l’article de Cette semaine en histoire intitulé Un homme de la Renaissance ou la collection numérique du gouvernement du Canada.

Date de modification :