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Goldwin Smith demande :
« Le Canada devrait-il s’unir aux États-Unis? »

Semaine du lundi le 8 août 2011

Le 13 août 1823, Goldwin Smith naît à Reading, en Angleterre. L'avenir le mènera cependant en Amérique du Nord. Smith est un homme aux opinions bien arrêtées. Écrivain prolifique dès son jeune âge et professeur à Oxford pendant un temps, il aborde dans ses écrits des questions comme la réforme religieuse, l’éducation et la politique. En 1867, il gagne les États-Unis et enseigne pendant deux ans à l’Université Cornell avant de déménager à Toronto, en 1871. Au Canada, il acquiert rapidement une réputation d’intellectuel public et publie des articles dans des journaux bien en vue comme le Canadian Monthly, le Week et le Bystander, dont il est le rédacteur en chef.

Goldwin Smith à 40 ans
© Bibliothèque et Archives Canada / C-008964
Smith entretient des préjugés raciaux et religieux, ce qui n’en fait pas un homme en avant de son temps à tous les égards. Toutefois, il est un penseur et un écrivain naturellement doué et, à ce titre, il provoque des débats nationaux sur une foule de sujets différents. Peu de gens se montrent aussi ardents que lui lorsqu’il est question de nationalisme et d’identité canadienne. Il soutient que l’indépendance à l’égard de la Grande-Bretagne est inévitable et qu’elle nécessite la culture d’un statut de nation. Ses propos, cependant, reçoivent un accueil plutôt froid. Frustré, Smith commence à désespérer de voir un jour le Canada se forger une identité nationale. Dans l’ouvrage Canada and the Canadian Question, publié en 1891, il soulève la question d’une éventuelle union avec les États-Unis. L’annexion, conclut-il, est une bonne idée. Pourquoi? En raison des différences régionales au sein du Canada, qui selon lui nuisent à l’unité nationale, de la facilité relative d’échanges commerciaux nord-sud comparativement au commerce à travers le vaste Dominion, et du fait que le pays entretient déjà une relation étroite avec les Américains.

George Monro Grant : ministre, intellectuel et critique de Goldwin Smith
© Royal Society Portraits / Bibliothèque et Archives Canada / C-037819

Ces arguments n’interpellent peut-être que quelques Canadiens, mais ils alimentent néanmoins la réflexion. Un éminent critique contemporain de Smith, George Monro Grant, réplique en disant que les avancées technologiques faciliteront le commerce intérieur, et rejette l’idée que les régions canadiennes sont trop différentes pour s’unifier et atteindre un but commun. La Confédération, dans laquelle les provinces sont entrées volontairement, n’était-elle pas un acte remarquable d’unification?, demande Grant. Selon lui, un sentiment de nationalisme se développe au Canada, et les grandes différences qui séparent le pays de ses voisins du sud, comme le lien durable avec l’Empire britannique, favoriseront sa croissance.

Smith se délecte des débats de ce genre, et bien que ses opinions controversées ne soient pas toujours très populaires, il laisse derrière lui, à sa mort, en 1910, des écrits percutants qui s’inscrivent dans un héritage durable. Goldwin Smith est désigné personne d’importance historique en 1975, et George Monro Grant en 1937. Pour en savoir plus sur Grant, lisez l’article L'Université Queen's dans les archives de Cette semaine en histoire.

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