Cette semaine en histoire

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La débâcle de Duplessis

Semaine du lundi le 19 septembre 2011

Le 24 septembre 1939, Maurice Duplessis, premier ministre du Québec à l’époque, lance une élection précipitée dans l’espoir que son parti, l’Union nationale, formera un second gouvernement majoritaire. Un mois plus tard, il subit une cuisante défaite lors du scrutin. Son parti perd la plupart de ses sièges, et Duplessis doit céder le pouvoir à Adélard Godbout, un libéral. Comment cela a-t-il pu se produire?

Duplessis annonce une élection dans un contexte d’incertitude: seulement deux semaines avant, le Canada a emboîté le pas à la Grande-Bretagne et à la France et a déclaré la guerre à l’Allemagne, s’engageant ainsi dans la Seconde Guerre mondiale. La conscription, enjeu qui a si profondément divisé les Anglo et les Franco-Canadiens pendant la Première Guerre mondiale, n’est pas encore envisagée, mais Duplessis espère néanmoins tirer profit de cette menace. Il accuse le gouvernement fédéral du premier ministre Mackenzie King de planifier d’imposer la conscription et de profiter de la guerre en Europe pour « anéantir » l’autonomie des provinces. Lors d’un discours qu’il fait le 3 octobre, il déclare qu’un vote pour Duplessis est un vote contre la « conscription » et contre la « participation », l’« assimilation » et la « centralisation ».


L’honorable Maurice Duplessis, vers 1930
© Bibliothèque et Archives Canada / C‑031052
Cette déclaration lui nuira grandement. Ses opposants fédéralistes saisissent l’occasion pour affirmer que son opposition à la « participation » est une preuve qu’il entend miner l’effort de guerre du Canada. Mackenzie King, indigné, qualifie de « diabolique » la tentative de Duplessis de creuser un fossé entre sa province et la politique du gouvernement fédéral. Son gouvernement réagit rapidement à la provocation : quatre ministres du cabinet originaires du Québec, dont Ernest Lapointe, le ministre de la Justice, annoncent leur intention de démissionner si l’Union nationale gagne l’élection. Ces promesses menacent la représentation du Québec au sein du cabinet, qui est dans les faits la meilleure protection de la province contre la conscription.

La déclaration des ministres fédéraux a un effet catastrophique sur la tentative de réélection du premier ministre québécois. Le Québec est plongé dans le dilemme. Si les libéraux l'emportent, le gouvernement fédéral est disposé à restreindre la conscription à la défense de la patrie. Mais si l’Union nationale a le dessus et que les représentants du Québec au cabinet démissionnent, le gouvernement fédéral pourrait très bien exercer des représailles. Duplessis saisît sûrement l’ironie de la situation : s'il gagne l'élection, la probabilité que la conscription soit imposée augmente. Le 25 octobre, le résultat du scrutin est décisif : peu après la fermeture des bureaux de vote, il est évident que les libéraux ont obtenu une majorité écrasante à l’Assemblée nationale. Le premier ministre Duplessis a perdu.

Maurice Duplessis ne se laisse pas décourager et demeure chef de l’Union nationale jusqu'à la fin de la guerre. Il est réélu en 1944, l’année même où Mackenzie King instaure une conscription partielle. Il restera en poste pendant trois mandats consécutifs et décèdera en fonction en 1959. Maurice Duplessis a été désigné personne d’importance historique nationale en 1974, tout comme Ernest Lapointe en 1954 et William Lyon Mackenzie King en 1967. L’article archivé de Cette semaine en histoire sur Maurice Duplessis, « Le chef », rend compte des grandes lignes de sa carrière.
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