Cette semaine en histoire

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Pour que brille chez elles la lumière du savoir

Semaine du lundi le 26 septembre 2011

Le 1er octobre 1903, Annesley Hall, la première résidence pour étudiantes sur un campus canadien, ouvre ses portes à Toronto. Le bâtiment est l’un des exemples les mieux préservés du style architectural néo-Queen-Anne très en vogue entre les années 1870 et la Première Guerre mondiale. Annesley Hall a été conçue par George M. Miller pour l’Université Victoria (Université de Toronto), fondée en 1836 par les méthodistes wesleyens sous le nom d’Upper Canada Academy.

L’extérieur d’Annesley Hall, avec ses éléments en pierre et lucarnes proéminentes caractéristiques du style néo-Queen-Anne
© Parcs Canada / J. Butterill / 1994
Plus qu’une œuvre architecturale, Annesley Hall marque un virage dans la lutte des femmes pour l’égalité et l’accès à l’éducation. Le bâtiment doit son nom à Susanna Annesley Wesley (1669-1742), qui, contrairement au courant de pensée qui dominent à son époque, est convaincue que les femmes devraient recevoir une éducation classique. Dite « mère du méthodisme », elle inspire son fils, John Wesley, à fonder le mouvement religieux méthodiste.

Avant la construction d’Annesley Hall, seulement 14 filles sur 226 étudiants fréquentent l’Université Victoria. L'Université est ouverte aux filles depuis les années 1880, mais celles-ci ne sont pas libre de suivre les cours qu'elles veulent. De plus, les étudiantes sont logées chez des inconnus, dans des pensions inconfortables loin de l’Université. L’ouverture d’une résidence sur le campus rapproche les filles de leur lieu d’études. Par contre, il faudra encore de nombreuses années avant qu’elles ne bénéficient d’un traitement égal dans les salles de classe.

L’entrée d’Annesley Hall
© Parcs Canada / J. Butterill / 1994
Quelle est l’origine d’Annesley Hall? Tout commence lorsque Margaret Burwash et Lillian Massey, entre autres, fondent la Barbara Heck Memorial Association en 1897 pour appuyer la cause des étudiantes. Inspirées par les enseignements méthodistes, les membres de cette association travaillent sans relâche pour créer des bourses au mérite pour les étudiantes. Elles oeuvrent auprès de philanthropes et, après six ans, ont amassé des fonds pour une résidence pour les filles. Si leur initiative réussit, c'est en partie grâce à Hart Massey, le père de Lillian, un homme d’affaires influent qui fait à l’Association un don de 50 000 $ pour la construction d’Annesley Hall.

Dans les premières années qui suivent son ouverture, la résidence reçoit un très grand nombre de demandes d’étudiantes qui souhaitent vivre sur le campus, à l’instar de leurs camarades masculins. La vie en résidence au début des années 1900 se déroule sous le sceau des idées méthodistes « de la plus haute moralité ». En plus d’étudier, les filles doivent prier, faire de la gymnastique pour développer leur posture et leur coordination, et se rompre aux règles de l’étiquette dans le cadre de grands dîners. En revanche, elles attendent aussi avec impatience les vendredis soirs, lorsque les jeunes hommes sont invités à patiner et qu’un orchestre vient jouer les nouveaux airs en vogue.

Annesley Hall, désignée lieu historique national en 1990, est toujours une résidence pour étudiantes. Hart Almerrin Massey a été désigné personne d’importance historique nationale en 1971 pour son grand sens des affaires et sa philanthropie.

Pour lire d’autres articles de Cette semaine en histoire sur l’accession des femmes à l’égalité, voyez : Les femmes sont des personnes… n’est-ce pas?, Les femmes de Winnipeg tiennent parlement et Première femme à faire des études universitaires. Pour en savoir plus sur Annesley Hall, consultez l’article correspondant sur le site Web du Répertoire canadien des lieux historiques.
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