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L'abolitionniste John Brown visite Chatham

Semaine du lundi le 9 mai 2011

Le 10 mai 1858, l’abolitionniste américain John Brown organise un rassemblement dénonçant le système d’esclavage américain. Ce rassemblement a lieu à la First Baptist Church, située dans ce qui est aujourd’hui la ville de Chatham, en Ontario. Pourquoi tenir une telle rencontre au Canada? Une partie de la réponse tient sans doute au fait que l’histoire de l’abolitionnisme au Canada est bien différente de ce qu’elle est chez nos voisins du sud.

L’esclavage a été aboli au Haut-Canada bien avant 1858. En 1793, une loi interdisant l’esclavage (Act Against Slavery), d’ailleurs défendue avec ardeur par John Graves Simcoe, le premier lieutenant-gouverneur du Haut-Canada, restreint beaucoup cette pratique en interdisant l’importation de nouveaux esclaves et en libérant à 25 ans les enfants d’esclaves. Quarante ans plus tard, en 1833, la Grande-Bretagne vote une loi du Parlement qui affranchit les esclaves de presque toutes les colonies de l’Empire, notamment ceux du Haut-Canada.

John Brown
© Domaine public / Metropolitan Toronto Library Board

Aux États-Unis, le mouvement abolitionniste passe nettement moins bien. Les États du Nord commencent à abolir l’esclavage environ au même moment que le Haut-Canada, mais les États du Sud, dont l’économie dépend fortement du travail des esclaves, s’opposent farouchement à l’abolition. Les tensions entre les deux groupes provoquent une hausse du militantisme et une escalade de la violence.

Brown, qui souhaite établir dans le sud des États-Unis un « état » où les esclaves pourraient trouver refuge et où les abolitionnistes pourraient préparer leurs attaques, doit d’abord accroître son bassin de partisans. La Fugitive Slave Act, adoptée en 1850, avait privé les Afro-Américain libres et les esclaves en fuite des États du Nord de toute protection juridique, à la suite de quoi nombre d’entre eux s’étaient réfugiés dans la Province unie du Canada. Brown pense donc trouver au Canada l’appui dont il a besoin et un endroit sécuritaire pour organiser des rassemblements. En mai 1858, Brown gagne Chatham, un village situé près de la frontière américaine où réside alors un grand nombre d’Afro-Canadiens actifs sur la scène politique, et y organise une assemblée pour rallier des sympathisants. Les délégués participants approuvent tous la constitution et le gouvernement provisoire de l’état envisagé.

En fin de compte, les projets ambitieux de Brown se soldent par un échec. En 1859, Brown et 21 de ses partisans tentent de s’emparer du United States Armoury (un arsenal fédéral) à Harper’s Ferry, en Virginie, dans l’intention d’armer les esclaves et d’organiser un soulèvement. Ils sont encerclés; Brown est capturé et, plus tard, pendu. Aux États-Unis, cette attaque ne fait qu’accentuer le clivage idéologique entre les États du Nord, opposés à l’esclavage, et ceux du Sud, favorables à cette pratique. La situation mène au déclenchement de la guerre de Sécession deux ans plus tard. Au Canada-Ouest (aujourd’hui l’Ontario), la mort de Brown touche des milliers de personnes, ce qui témoigne de la popularité du mouvement abolitionniste au sein de la communauté noire et des groupes d’activistes de la colonie.

Aujourd’hui, la visite de John Brown à Chatham s’inscrit dans l’histoire du mouvement abolitionniste en Amérique du Nord britannique. Ce mouvement a été désignée un événement d’importance historique nationale en 2004.

Pour plus d’information sur d’autres lieux, personnes et événements d’importance historique nationale liés à l’histoire des Noirs, lisez d’autres articles de Cette semaine en histoire comme La légendaire Harriet Tubman, La lutte contre l’esclavage du révérend Richard Preston, Shadrach Minkins, L’esclavage est remis en cause au Haut-Canada et Thornton et Lucie Blackburn mettent à l’épreuve la Loi sur les criminels fugitifs.

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