Cette semaine en histoire

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Africville : la vie après la mort

Semaine du lundi le 28 février, 2011

Le 24 février 2010, le maire d’Halifax, Peter Kelly, présente des excuses officielles aux anciens résidants d’Africville concernant la destruction de leur quartier. Cet événement n’est que le dernier épisode de l’histoire tumultueuse de cette communauté maritime afro‑canadienne.

Deux clients du magasin général de Matilda Newman à Africville
© Ted Grant, Bibliothèque et Archives Canada/e002283006
Le quartier d’Africville est fondé dans les années 1840 par les familles et les descendants des Afro‑Américains qui se sont réfugiés en Nouvelle‑Écosse après avoir combattu pour la Couronne britannique pendant la guerre de 1812. Ce petit quartier, situé sur les rives du bassin de Bedford, permet à ses habitants de fuir la discrimination dont sont alors victimes les membres de la communauté noire dans la capitale. Africville est toutefois suffisamment proche d’Halifax pour que ses habitants puissent travailler dans le centre-ville ou sur les quais. C’est dans ce contexte qu’Africville deviendra, dès la fin du 19e siècle, une communauté dynamique formée de maisons familiales, de petites entreprises, d’une église baptiste et d’une école.

Toutefois, peu de temps après la fondation d’Africville, la Ville d’Halifax, qui perçoit le quartier comme une zone de développement industriel plutôt qu’une zone résidentielle, entreprend d’y aménager des installations industrielles, décision dont les habitants subissent les revers. Des fosses d’élimination des ordures ménagères et un hôpital spécialisé dans les maladies infectieuses sont construits aux frontières du quartier en 1858 et en 1870 respectivement. Refusant d’y installer les services essentiels, la Ville d’Halifax prive les résidants d’Africville d’eau courante, d’installations de plomberie et d’une protection policière adéquate, services dont bénéficient les habitants des autres quartiers d’Halifax depuis 1909. Ces conditions persistent pendant les deux guerres mondiales, conférant à la communauté une réputation de bidonville.

Rue escarpée d’Africville avant la démolition
© Service des archives et de la gestion des dossiers de la Nouvelle-Écosse, Bob Brooks, no d’acquisition 1989-468, boîte 16

En 1947, les membres du conseil municipal envisagent de détruire Africville pour y aménager un parc industriel. C’est ainsi qu’en 1962, sans vraiment discuter du projet avec les habitants des lieux, ils décident de déplacer ces derniers et de raser le quartier. Les résidants d’Africville acceptent à contre-cœur la proposition de réinstallation de la Ville, qui leur promet en échange des maisons décentes, l’aide d’un travailleur social pour le déménagement et des cours de formation.

En 1964, une fois l’entente convenue, la Ville déplace les résidants et entreprend de démolir les bâtiments du quartier, opérations qui se poursuivront jusqu’en 1970. Malgré cette période de grands bouleversements, l’esprit de solidarité de la communauté d’Africville demeure inébranlable, et la Société de généalogie d’Africville est créée en 1983 précisément dans le but de l’entretenir. Un mouvement sera également enclenché pour obtenir des excuses et une juste compensation auprès de la Ville d’Halifax. Les regrets exprimés par le maire Kelly, qui seront appuyés par une entente prévoyant la construction d’un centre d’interprétation à l’emplacement de l’ancien quartier, constituent une étape importante dans la préservation de la mémoire de cette communauté.

Le quartier d’Africville a été désigné lieu historique national en 1996 pour commémorer son rôle important à titre de portrait de la vie des Afro-Canadiens en Nouvelle-Écosse.

Février est le Mois de l’histoire des Noirs. Pour lire des récits au sujet de deux célèbres résidants d’Africville, voyez dans les archives de Cette semaine en histoire : Une étoile de la boxe est née! et La musique abat les barrières raciales.

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