Cette semaine en histoire

Archives

Le rétablissement de l’autonomie gouvernementale

Semaine du lundi le 28 mars 2011

L’accord d’autonomie gouvernementale conclu entre le Conseil des Ta’an Kwäch’än et les gouvernements du Canada et du Yukon est entré en vigueur le 1er avril 2002. Toutefois, à l’époque, les Ta’an Kwäch’än (peuple du lac Laberge) se gouvernent déjà depuis plusieurs générations, les bases de ce mode de gouvernance moderne au sein du Canada ayant été jetées un siècle plus tôt, sous l’administration du chef Jim Boss (Kashxóot ou Kishwoot).

Chef Jim Boss
© Conseil des Ta’an Kwäch’än, 2008
En 1896, la découverte d’or dans le Klondike a une incidence majeure sur le territoire des Ta’an Kwäch’än au Yukon. En effet, des dizaines de milliers de chercheurs d’or se ruent sur Dawson City. Or les nouveaux arrivants ne comprennent pas que ce qui semble à première vue être une vaste étendue sauvage est en fait le territoire de chasse et de cueillette des Premières nations de la région. Avec cette arrivée massive de colons, les ressources commencent à manquer, plongeant dans la pauvreté les Ta’an Kwäch’än et les autres peuples des Premières nations qui vivent le long du corridor du fleuve Yukon.

Le chef Jim Boss se rend alors compte qu’il doit sauvegarder ces terres pour assurer la subsistance de son peuple. Le 13 janvier 1900, il formule la première revendication territoriale officielle du Yukon et présente une requête au commissaire du territoire pour obtenir une réserve d’environ 971 hectares. Il reçoit seulement 130 hectares. En 1902, Jim Boss retient les services de l’avocat T. W. Jackson pour rédiger une lettre adressée au surintendant des Affaires indiennes pour lui demander de protéger les droits de chasse de son peuple. Cette lettre contient le fameux dicton de Jim Boss :
« Dites avec force au roi que nous voulons que quelque chose soit fait pour nos Indiens parce qu’on nous prend nos terres et notre gibier ». On n’a jamais donné suite à cette requête. 

Signature de l’accord d’autonomie gouvernementale des Ta’an Kwäch’än, le 13 janvier 2002
© Conseil des Ta’an Kwäch’än, 2008
 

Si l’arrivée massive des pionniers menace le mode de vie des Ta’an Kwäch’än, elle n'est pas sans leur offrir aussi de nouvelles possibilités. Jim Boss se fait un devoir de s’adapter à la nouvelle économie et ouvre des établissements où son peuple peut échanger des biens avec les chercheurs d’or. Traditionnellement, les Ta’an Kwäch’än sont connus en tant que travailleurs spécialisés, tout comme leurs voisins vivant sur les côtes, les Tlingit. Jim Boss utilise ce savoir pour faire de ces établissements un véritable succès. Grâce aux efforts de leur chef, les Ta’an Kwäch’än deviennent prospères, mais il faudra encore plusieurs décennies avant que l’enjeu le plus important, c’est-à-dire la revendication territoriale et la préservation de leur mode de vie traditionnel, ne soit réglé.

Les négociations pour obtenir l’autonomie gouvernementale débutent en 1973, lorsque les Premières nations du Yukon adressent leurs demandes au gouvernement fédéral et lui proposent des solutions. Le 13 janvier 2002, 100 ans après la première revendication territoriale de Jim Boss, le Conseil des Ta’an Kwäch’än tient une cérémonie marquant la signature de l’accord d’autonomie gouvernementale. En avril de la même année, les Ta’an Kwäch’än deviennent la 8e Première nation à obtenir l’autonomie gouvernementale.

Pour avoir su guider, conseiller et inspirer les Premières nations du Yukon au tournant du 20e siècle, à une époque difficile marquée par des changements importants, le chef Jim Boss (Kashxóot) a été désigné personne d’importance historique nationale en 2001.

Date de modification :