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Le quartier chinois de Victoria : un quartier d’hommes

Semaine du lundi le 28 février 2011

Le 1er mars 1860, la première immigrante d’origine chinoise, Mme Kwong Lee, débarque au Canada. La ruée vers l’or de 1855 attire de nombreuses personnes dans la vallée du fleuve Fraser, en Colombie-Britannique, y compris de riches marchands chinois originaires de San Francisco. Ces nouveaux arrivants ne tardent pas à ouvrir boutique à Victoria, contribuant ainsi à la naissance de ce qui deviendra une communauté d’origine chinoise prospère. Cependant, entre 1860 et 1885, seulement 53 femmes d’origine chinoise immigrent officiellement dans la province, comparativement à plusieurs milliers d’hommes. Bien qu’on remarque également un déséquilibre entre les sexes dans les autres groupes d’immigrants, il n’est jamais aussi prononcé qu’au sein de la communauté chinoise.

Une riche famille canadienne d’origine chinoise vêtue de vêtements occidentaux
© William James Topley / Bibliothèque et Archives Canada / e008445412

La population de Victoria explose avec l’arrivée de milliers de travailleurs dans le quartier chinois, ce qui ne fait qu’accentuer le déséquilibre déjà très net entre le nombre d’hommes et de femmes. Alors qu’un grand nombre de ces hommes sont impatients de se marier, le gouvernement impose une taxe de 50 $ à tous les nouveaux arrivants chinois et à leur famille. Beaucoup de Chinois n’ont pas les moyens de payer ce droit d’entrée, particulièrement lorsque le gouvernement le porte à 500 $ en 1903. En 1923, la Loi de l’immigration chinoise met un terme à l’immigration de toutes les personnes de « race » chinoise. Qui plus est, le mariage mixte est extrêmement rare à cette époque, particulièrement en raison du fort sentiment antiasiatique qu’éprouvent les Canadiens d’origine européenne.

Le quartier chinois est ségrégué dès sa création, et les femmes qui y vivent deviennent une source de convoitise féroce. Les enlèvements, la prostitution et les abus commencent à préoccuper l’élite commerciale, car la plupart de ces femmes sont des épouses et des filles de marchands. C’est ainsi que plusieurs membres influents du quartier chinois s’engagent à rétablir l’ordre dans leur communauté. En 1884, ils envoient une lettre au consulat général de la Chine à San Francisco pour demander l’aide de l’Empire Qing dans la lutte contre les lois discriminatoires et la prostitution. Le consulat accepte de les aider en établissant la Chinese Consolidated Benevolent Association (CCBA), qui est reconnue par la loi provinciale en 1885 et qui existe encore de nos jours.

Quatre enfants canadiens d’origine chinoise portant des vêtements chinois traditionnels
© Bibliothèque et Archives Canada / e008304169
Jouant le rôle de gouvernement chinois de facto, la CCBA contribue grandement à rétablir l’harmonie dans le quartier chinois de Victoria et à promouvoir les droits individuels et collectifs des Canadiens d’origine chinoise. Bien que les lois sur l’immigration s’assouplissent après la Seconde Guerre mondiale et que de nombreuses immigrantes chinoises décident alors de venir s’installer au Canada, ce n’est que dans les années 1980 que se rétablit l'équilibre entre le nombre d’hommes et de femmes. Signe que le passé n’est pas toujours garant de l’avenir, le Canada compte maintenant plus de femmes que d’hommes d’origine chinoise!

Le quartier chinois de Victoria, le plus vieux quartier chinois qui subsiste au Canada, a été désigné un lieu historique national en 1995.

Pour en savoir plus sur le quartier chinois de Victoria ou sur l’immigration chinoise au Canada, lisez les articles suivants dans les archives de Cette semaine en histoire : Commémoration des travailleurs chinois du rail et Le racisme légal.

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