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Le premier ministre de passage : sir Mackenzie Bowell

Semaine du lundi le 3 janvier 2011

Le 4 janvier 1896, sept ministres du Cabinet du premier ministre Mackenzie Bowell démissionnent. Bien qu’il soit un administrateur de talent, l’homme de 72 ans que l’on surnomme « Grand-papa Bowell » est incapable de diriger le Parti conservateur morcelé et de réunifier le pays divisé. D’abord rédacteur en chef influent d’un journal de Belleville, en Ontario, Bowell devient député et ministre du Cabinet de John A. Macdonald. Il accéde au poste de premier ministre en décembre 1894, lorsque sir John Thompson meurt subitement.

L’honorable Mackenzie Bowell, ministre des Douanes, 1891
© William James Topley / Fonds du studio Topley / Bibliothèque et Archives Canada / PA-027222
Le gouvernement Bowell doit en effet régler l’épineuse question des écoles du Manitoba. En 1890, la province avait voté une loi sur les écoles qui avait aboli le français comme langue officielle de la province et retiré le financement des écoles catholiques. En 1895, au terme d’une longue bataille juridique, le Conseil privé tranche en faveur de la loi provinciale, mais laisse au gouvernement fédéral le choix de l’abroger. Bowell, membre au franc-parler de l’ordre d’Orange, a besoin du vote des protestants et se trouve confronté à un grave dilemme. Doit-il appuyer la position du Manitoba et s’aliéner les Canadiens-français, ou obliger le Manitoba à réintégrer un conseil scolaire catholique séparé et s’aliéner ses partisans orangistes? Il décide de s’en tenir aux conditions qui avaient présidé à l’entrée du Manitoba dans la Confédération en 1870 et adopte un décret en faveur des catholiques, décret que rejette le gouvernement du Manitoba. Bowell promet alors de déclencher des élections fédérales pour permettre aux Canadiens de se prononcer sur la question, mais il cherche à temporiser et, en juillet, trois ministres francophones claquent la porte de son Cabinet.

Bowell le sénateur c. Bowell le partisan
© Bibliothèque et Archives Canada / John Wilson Bengough collection / 3963823

Le 2 janvier 1896, Bowell veut abolir la loi sur les écoles. Déçus par l’incapacité de Bowell à résoudre la question des écoles et à diriger le parti efficacement, sept ministres quittent son Cabinet deux jours plus tard et exigent du même coup sa démission. Bowell n’aboutit pas dans ses efforts pour les remplacer et veut démissionner, qualifiant ses anciens ministres de « bande de traîtres ». Cependant, malgré les rumeurs voulant que le gouverneur général envisage de demander au chef de l’Opposition, le libéral Wilfrid Laurier, de former un gouvernement pour remplacer les conservateurs, Bowell se laisse convaincre de demeurer en poste jusqu’à la fin de la session parlementaire. Il démissionne officiellement le 27 avril 1896 et devient le seul premier ministre canadien qui ait été forcé à démissionner par son propre Cabinet. 

Amer dans la défaite, Bowell reste quand même en politique pendant 20 ans à titre de sénateur. Il meurt le 17 décembre 1917 à l’âge de 93 ans. Sir Mackenzie Bowell a été désigné personne d’importance historique nationale en 1945 pour ses contributions à titre de sénateur, de journaliste et de premier ministre.

Pour en savoir plus de sur les premiers ministres conservateurs des années 1890, consultez L’homme politique qui haïssait la politique et Premier parmi ses pairs… bien malgré lui. Pour en savoir plus sur l’ordre d’Orange, consultez L’orange et le vert s’affrontent.

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