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La Mort de Shanawdithit et des Béothuks

Cette histoire est parue à l'origine en 1998

Le 6 juin 1829, Shanawdithit, la dernière Beothuk connue, meurt à St. John's (Terre-Neuve). Nous devons une grande partie de ce que nous savons des pratiques, des croyances et de la langue des Beothuks aux travaux qu’elle a réalisés en collaboration avec William Epps Cormack et aux archives qu’elle a laissées.

Aquarelle représentant une Beothuk,<BR>vraisemblablement Shanawdithit

Aquarelle représentant une Beothuk,
vraisemblablement Shanawdithit

© Musée de Terre‑Neuve

Les Beothuks sont les habitants autochtones de Terre-Neuve à l’arrivée des Européens. Leurs ancêtres occupent alors l’île depuis plus de 2 000 ans. Ils parlent une langue algonquine distincte des langues parlées au Labrador et au Québec. Les Beothuks se distinguent aussi par le style unique de leurs canots d’écorce de bouleau, dont les côtés évasés sont plus élevés que la proue et la poupe, et par leurs pendentifs soigneusement sculptés faits de dents, d’os d’animaux et de bois de cervidés.

Les premiers contacts entre Européens et Beothuks ont probablement lieu au 16e siècle, alors que des pêcheurs saisonniers fréquentent la région. Même plus tard, les Beothuks ne concluent pas d’alliances commerciales avec les Européens et préfèrent chaparder dans leurs campements de pêche des matériaux, comme du fer et des filets. 

Collier beothuk fait d’une dent animale et d’os sculptés et décorés.
© Musée de Terre‑Neuve

La concurrence pour les ressources alimentaires suscite des conflits entre les Beothuks et les Européens. Au 18e siècle, les colons commencent à monopoliser la côte de Terre-Neuve, en particulier l’embouchure des rivières à saumons. La nourriture se fait rare pour les Beothuks, dont le régime alimentaire se compose de poissons et de nombreuses espèces d’animaux vivant sur les côtes. Pour compenser, les Beothuks chassent de plus en plus le caribou et établissent des campements à l’intérieur de l’île. Les maladies européennes, les agressions commises par les habitants et la rareté des denrées alimentaires commencent à faire des ravages et, lorsqu’en 1823, Shanawdithit, sa mère et sa sœur sont trouvées complètement affamées, il ne reste que peu de Beothuks.

Pendant les six dernières années de sa vie, Shanawdithit vit avec des familles européennes, notamment à Twillingate, dans la famille du magistrat John Peyton. C’est là qu’elle construit une réplique de 53 cm d’un canot d’écorce de bouleau beothuk. En 1827, de riches mécènes terre-neuviens fondent la « Beothick Institution » afin de mieux communiquer avec les Beothuks. En 1828, le président de l’institution, William Epps Cormack, amène Shanawdithit à St. John’s. Elle y réalise des croquis représentant certains aspects de la culture beothuk et compile une liste de 150 mots et phrases beothuks. Bien qu’elle meure des suites de la tuberculose à peine un an plus tard, l’information léguée par Shanawdithit aide les historiens et d’autres universitaires à mieux comprendre la culture et les traditions beothuks.

En 2000, Shanawdithit a été désignée personne d’importance historique nationale parce qu’elle a transmis à ses ravisseurs une grande partie de ce que nous savons aujourd’hui de la société beothuk et du dernier chapitre de l’histoire de son peuple selon un point de vue beothuk.

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