Cette semaine en histoire

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Thornton et Lucie Blackburn
mettent à l’épreuve la Loi sur les criminels fugitifs

Semaine du lundi le 1 février 2010

Le 7 février 1870, le Detroit Daily Post publie un article intitulé « Our New Voters », compte rendu des émeutes ayant secoué Détroit en 1833, plus précisément les émeutes Blackburn. On y lit comment Thornton et Lucie Blackburn se sont évadés de la prison de Détroit.

Fugitifs noirs en quête de liberté
© Broadside Collection / Metropolitan Toronto Library Board

Ils étaient détenus sous prétexte d’être des esclaves échappés du Kentucky. Lucie prend la clef des champs avec l’aide d’une amie futée qui échange ses vêtements avec elle; pour sa part, Thornton est kidnappé par des activistes anti-esclavagistes. Avec l’aide des émeutiers, Thornton et Lucie gagnent le Haut-Canada pour se mettre à l’abri des personnes qui disent avoir droit sur eux. Mais y sont-ils vraiment en sécurité?

C’est en vertu de la Fugitive Slave Law (« loi sur les esclaves fugitifs ») adoptée en 1793 aux États-Unis que Thornton et Lucie Blackburn avaient été recapturés par leurs propriétaires à Détroit. Le maire de Détroit communique avec les autorités de la province pour demander le retour des Blackburn. Il accuse ceux-ci d’avoir déclenché les émeutes Blackburn et d’avoir tué le shérif, mort de blessures subies dans le chaos qui a suivi. Le maire ne mentionne pas que le couple a le statut d’esclave, mais les autorités du Haut-Canada soupçonnent avec raison qu’il s’agit du véritable motif de sa demande. Heureusement pour le couple, une loi impériale adoptée en 1833 interdit l’esclavage au Haut-Canada, et la Loi sur les criminels fugitifs protège de l’extradition les personnes n’ayant pas commis de crime en vertu des lois canadiennes. Les autorités du Haut-Canada refusent donc la demande du maire de Détroit, affirmant que le fait d’échapper à l’esclavage n’est pas un crime aux termes des lois canadiennes. Autrement dit, une fois rendus au Haut-Canada, les esclaves sont en sécurité et hors de la portée des propriétaires du Sud.

Monument funéraire de Thornton Blackburn, nécropole de Toronto, Ontario
© Karolyn Smardz Frost

Après avoir contrecarré à deux reprises les plans de leurs propriétaires du Sud, les Blackburn se rendent à Toronto. Ils fondent la première entreprise de taxi de la ville, « The City », et se servent des profits réalisés pour appuyer les mouvements d’auto-assistance des Noirs et d’anti-esclavagisme. Ils fournissent des logements et de l'aide à d’autres esclaves en fuite qui réussissent à atteindre le Canada grâce au chemin de fer clandestin. Thornton deviendra vice-président de la Canadian Mill and Mercantile Association, qui crée des emplois pour les esclaves réfugiés au Canada qui éprouvent des difficultés financières.

En raison de leur contribution à la croissance de Toronto et de leur importance symbolique pour le Canada, qui souhaite conserver sa réputation d’asile pour les esclaves en fuite, Thornton et Lucie Blackburn sont nommés personnes d’importance historique nationale en 1999.

Février est le Mois de l’histoire des Noirs. Consultez d’autres articles sur l’histoire des Noirs : Les pionniers noirs en Colombie-Britannique; La musique abat les barrières racialesChampion de la liberté!; Josiah Henson – Naissance d’un leader; Une étoile de la boxe est née!; Sam Langford; L’esclavage est remis en cause au Haut-Canada; Une terre à eux; La lutte contre la discrimination raciale et Le premier bataillon noir du Canada.

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