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L’Apothecaries Hall – « Arsenic et vieilles dentelles »

Cette histoire est parue à l'origine en 2005

Le 24 décembre 1810, le Weekly Register de Charlottetown rapporte que Thomas DesBrisay fils vient d’ouvrir une boutique d’apothicaire sur Queen’s Square. Les DesBrisay sont des membres en vue de l’élite, du « Pacte de famille ». Le père de Thomas est le seul membre du clergé protestant de l’île et son grand-père a été un lieutenant-gouverneur très controversé de la colonie. DesBrisay veut offrir « des médicaments, des produits de santé et des fournitures médicales, de même que divers traitements aux insulaires et à leur bétail ».

Une peinture de Queen's Park réalisée en 1843 par Fanny Bayfield (1814-1891). L'Apothecaries Hall est situé à gauche, alors qu'à droite et au centre se trouvent l'édifice circulaire du marché, Province House et l'église St. Paul.
© Bibliothèque et Archives Canada

Déjà le centre administratif de la colonie, Charlottetown – un village comptant 100 familles – est en voie d’en devenir le haut-lieu du commerce et des communications. DesBrisay a la brillante idée de construire son « Apothecaries Hall » au coin des rues Queen et Grafton, directement en face du marché de plein air et à portée de voix du bâtiment de l’administration coloniale – le futur site de Province House où, d’après une légende persistante, Apothecaries Hall a livré une potion miracle contre la gueule de bois à sir John A. Macdonald durant la Conférence de Charlottetown de 1864.

De par son emplacement, Apothecaries Hall devient bientôt un lieu de ralliement pour les insulaires de la campagne et de la ville. L’entreprise est également la première à profiter de l’éclairage extérieur au gaz (1859), de l’éclairage électrique (1885) et des services téléphoniques (1889). À la fin du 19e siècle, on dit que « Charlottetown prospère au rythme de la province », mais la concurrence croît elle aussi au même rythme. En 1863, trois pharmaciens sont établis dans la rue Queen. En 1922, il y en a 13, dont 10 tout près du bâtiment de DesBrisay. En 1874, George Hughes, un intime de la famille DesBrisay, achète l’entreprise, qu’il rebaptise Apothecaries Hall-Hughes Drug Company Limited. En 1900, Hughes construit un édifice en grès et en brique de trois étages en remplacement de la structure originale en bois qui a échappé aux cinq grands incendies qui ont dévasté la ville. 

L'intérieur de l'Apothecaries Hall (en 1969) avec tous les accessoires intérieurs d'origine datant d'avant la restauration de 1900.
© Parcs Canada

Les apothicaires vendent une foule de produits et exécutent des ordonnances renfermant de tout, de l’arsenic au zinc, en passant par des ingrédients exotiques comme l’ipécacuana, la magnésie, la rhubarbe et la scille. Des médicaments brevetés comme les Dr. Pierce’s Pleasant Purgative Pellets (les « agréables comprimés purgatifs du Dr Pierce ») sont également offerts, mais même si elle étend son éventaire à des produits comme des cigares, des boissons gazeuses, des crèmes réparatrices, de la ouate pour les bonnets et de la dentelle écrue, l’entreprise continue de se spécialiser dans les médicaments. Les épidémies récurrentes, dont la flambée de typhus de 1847, font que l’apothicaire reçoit chaque jour les salutations d’habitants de la ville vérifiant l’arrivée des indispensables vaccins.

Lorsqu’elle ferme définitivement ses portes en 1986, la pharmacie de la rue Queen est déjà reconnue à titre de lieu historique national. Apothecaries Hall, l’une des plus anciennes pharmacies continuellement en exploitation au Canada, a reçu cette désignation en 1969.

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