Cette semaine en histoire

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Winnipeg en grève

Semaine du lundi le 10 mai 1999

Le 15 mai 1919, dans le cadre du différend qui oppose les salariés à leurs employeurs et au gouvernement, plus de 27 000 travailleurs de Winnipeg débraient. La grève générale de Winnipeg, qui reste le plus important arrêt de travail jamais vu au Canada, aidera les travailleurs à se faire entendre.

« Émeute » de la grève générale de Winnipeg, le 21 juin 1919

« Émeute » de la grève générale de
Winnipeg, le 21 juin 1919

© Archives provinciales du Manitoba /
Foote 1696 (N2762)

Au tournant du siècle, les conditions de travail sont déplorables. Il n'y a ni assurance-chômage, ni indemnisation des accidents du travail. Femmes et enfants travaillent de longues heures dans des usines sales et dangereuses. L'idée que les travailleurs puissent avoir des droits n'a pas encore fait son chemin. Pendant la Première Guerre mondiale, le coût de la vie monte en flèche, mais les salaires ne suivent pas. Par la suite, le déclin de la production de guerre va engendrer une dépression économique. Beaucoup de soldats au retour du front se retrouvent sans emploi, à l'indignation des Canadiens, qui s'attendaient à une vie meilleure après la guerre.

Winnipeg, qui a connu un boom économique à la fin des années 1800 et qui a vu sa population gonfler suite à l'expansion vers l'Ouest, est mûre pour la grève. Les travailleurs de la construction et du métal, déçus, demandent des augmentations de salaire et le droit de négocier des conventions collectives, et le Winnipeg Trades and Labour Council vote en faveur d'une vaste grève de solidarité. Les grèves de soutien qui ont lieu à Vancouver, à Toronto et dans d'autres villes canadiennes attirent l'attention du monde entier. La grève générale de Winnipeg durera six semaines et paralysera la vie commerciale de la ville.

Parade d'anciens combattants de la Grande Guerre, le 4 juin 1919

Parade d'anciens combattants de la
Grande Guerre, le 4 juin 1919

© Archives provinciales du Manitoba /
Grève générale de Winnipeg 4 (N12295)

Les employeurs de Winnipeg s'allient au gouvernement et créent le « comité des mille », qui accuse les grévistes d'être à la solde des communistes russes, les bolcheviques. Les dirigeants de la grève tentent d'éviter la violence, mais l'arrestation de huit d'entre eux provoque une manifestation le 21 juin, au cours de laquelle la foule déchaînée fait dérailler un tramway avant d'y mettre le feu. La milice armée et la Gendarmerie royale interviennent : il y aura des blessés et des morts. Cet événement, auquel on donnera le nom de « samedi sanglant », met fin à la grève. Des troupes armées patrouillent les rues de Winnipeg, les dirigeants de la grève sont traînés devant les tribunaux et les travailleurs doivent rentrer au travail.

Malgré que plusieurs de ses objectifs à court terme n'aient pas été atteints, la grève a accéléré le développement du mouvement syndical et incité les travailleurs à s'impliquer au sein des partis politiques. La Commission des lieux et monuments historiques du Canada a reconnu la grève générale de Winnipeg en 1979, et une plaque a été posée dans la ville.

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