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« Un, c'est encore trop » : la lutte de Cairine Wilson pour libéraliser les politiques d’immigration du Canada

Cette histoire est parue à l'origine en 2007

Le 21 mars 1933, Heinrich Himmler, membre du parti nazi, ordonne la création du premier camp de concentration à Dachau, en Allemagne. C’est ainsi que débute l’implacable persécution des Juifs allemands. À une époque où l’antisémitisme est endémique partout dans le monde, rares sont ceux qui se portent à la défense des Juifs européens. Cairine Wilson fait pourtant partie de cette minorité.

L'entrée du Sénat
L'entrée du Sénat
© Parcs Canada / Mallory Schwartz / 2006
Mme Wilson est connue pour son rôle d’activiste. Membre fondatrice de la Twentieth Century Liberal Association et de la Fédération nationale des femmes libérales du Canada, elle devient en 1930 la première sénatrice du Canada, quatre mois seulement après qu’il fut reconnu, dans l’affaire « Personnes », que les femmes étaient des personnes et pouvaient donc être nommées au Sénat. Elle est également la première présidente du Comité national canadien des réfugiés (CNCR) créé en 1938.

Cette année-là, tous les Juifs allemands voient leurs droits bafoués. Le 9 novembre, au cours de la Kristallnacht (nuit de cristal), des actes de violence à l’endroit des Juifs déferlent sur Berlin, marquant ainsi le déclin drastique des Juifs européens qui aboutira au massacre de quelque six millions d’entre eux.

Des réfugiés allemands-juifs, fuyant Allemande et l'Autriche, arrivent à Montréal en quête d'une nouvelle patrie
Des réfugiés allemands-juifs, fuyant l'Allemagne et l'Autriche, arrivent à Montréal en quête d'une nouvelle patrie.
© Avec l'aimable autorisation de la Montreal Gazette
Voyant l’escalade de la violence, de nombreux Juifs tentent de s’enfuir vers des pays comme le Canada. Peu y parviennent. Parmi ces derniers se trouve Thomas Bata, qui fuit sa Tchécoslovaquie natale lorsque l’Allemagne l’occupe en 1938. Admis au Canada, il se refait une vie et crée une entreprise d’envergure internationale, la Bata Shoe Company.

Partisane de ce genre d’immigration, Cairine Wilson incite le CNCR à exercer des pressions sur le gouvernement pour qu’il autorise l’entrée au pays de réfugiés juifs, à réclamer l’amélioration des conditions de vie des civils anti-nazis originaires de pays ennemis qui sont internés dans des camps de prisonniers au Canada, ainsi que la mise en liberté et la reclassification de ces « étrangers amis » et, enfin, à lutter contre l’antisémitisme au Canada au moyen de campagnes de sensibilisation populaires.

Cairine Wilson
Cairine Wilson
© Bibliothèque et Archives Canada / 1997-212-1
Toutefois, nombreux sont ceux qui font la sourde oreille. En 1939, lorsque le N.M. St. Louis quitte l’Europe avec à son bord près de 900 Juifs qui cherchent refuge en Amérique, les passagers se voient refuser l’asile à chaque escale. Le Canada, qui est pour eux la dernière chance d’échapper aux horreurs qui ont cours en Europe, les refoule à son tour, les obligeant à retourner dans des pays qui tomberont bientôt sous le contrôle des Nazis. Peu d’entre eux survivront.

Le Canada a autorisé l’entrée au pays de seulement quelque 5 000 réfugiés juifs. Entre 1947 et 1949, lorsque toute l’horreur de l’holocauste est révélée au reste du monde, le Canada ouvre ses portes à 1 123 orphelins juifs d’Europe.

Cairine Reay Mackay Wilson a été désignée personne d’importance historique nationale en reconnaissance des efforts philanthropiques qu’elle a déployés pour susciter l’empathie des Canadiens et libéraliser les politiques d’immigration du pays à une époque sombre de l’histoire du Canada.

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