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Un épisode tragique de notre histoire

Cette histoire est parue à l'origine en 2000

Le 25 février 1942, le premier ministre Mackenzie King annonce l'expulsion de tous les Canadiens d'origine japonaise établis dans un rayon de 100 milles de la côte du Pacifique. Cette décision marque le début d'un des plus tragiques épisodes de l'histoire canadienne moderne.

Familles japonaises s'apprêtant à partir

Des familles japonaises sur le départ
© BAC / C-47066

La discrimination à l'endroit des Canadiens d'origine japonaise  débute dès l'arrivée du premier immigrant japonais (Manzo Nagano) en Colombie-Britannique en 1877. Malgré cela, un grand nombre de ces immigrants, par leur travail et leur ténacité, réussissent à s'établir et à prospérer sur la côte Ouest. Mais pour plus de 22 000 Canadiens d'origine japonaise vivant en Colombie-Britannique, la Seconde Guerre mondiale va tout bousculer.

Le bombardement par les Japonais de la base navale de Pearl Harbor, le 7 décembre 1941, entraîne la déclaration de guerre immédiate des États-Unis et du Canada contre le Japon. Le Canada affronte désormais le Japon, qui s'est allié à l'Allemagne nazie. La crainte d'une invasion japonaise, venant se greffer à une attitude négative envers les Japonais d'origine, engendre une hystérie collective qui déborde des limites de la Colombie-Britannique pour gagner la majeure partie du Canada. Sous la pression d'élus racistes de la Colombie-Britannique, Ottawa adopte un décret donnant au ministre de la Justice le pouvoir de déplacer et de détenir « toute personne » résidant dans toute région désignée « zone protégée ». En théorie, cette mesure concerne tous ceux et toutes celles vivant en territoire canadien, mais en réalité, elle vise la minorité japonaise de la Colombie-Britannique.

Famille dans un camp de détention à Slocan, C.-B.

Famille dans un camp de détention à Slocan (C.-B.)
© BAC / C-29452

Officiellement, le déplacement de ces personnes est destiné à protéger celles-ci d'actes de violence de nature raciste et à assurer la sécurité nationale. Les officiers supérieurs de l'armée, tout comme ceux des forces de police, y sont opposés et déclarent que les Canadiens d'origine japonaise ne menacent aucunement la sécurité du pays. Néanmoins, sous le couvert de la Loi sur les mesures de guerre, plus de 22 000 Canadiens d'origine japonaise sont expulsés de leurs foyers, envoyés dans un camp de transit à Vancouver, dépouillés de leurs biens et disséminés dans divers camps de détention au centre de la Colombie-Britannique ou dans des plantations de betterave sucrière en Alberta et au Manitoba.

L'outrage ne s'arrête pas là : le gouvernement fédéral met en vente toutes les propriétés appartenant à ces personnes et, au début de l'année 1945, les force à choisir entre la déportation au Japon et le déplacement vers les régions situées à l'est des montagnes Rocheuses. Plusieurs générations de Canadiens d'origine japonaise avaient peiné pour s'implanter en Colombie-Britannique et on leur annonce maintenant qu'ils ne pourront plus y retourner. En 1946, 4 000 d'entre eux sont déportés et les autres sont forcés à partir vers l'Est pour commencer une autre vie.

Les Canadiens d'origine japonaise font partie intégrante de la mosaïque culturelle canadienne. En 1988, le Canada a officiellement présenté ses excuses et dédommagé ses citoyens d'origine japonaise pour les humiliations qui leur ont été infligées pendant la Seconde Guerre mondiale. À Vancouver, l'internement des Canadiens japonais est commémoré par une plaque de la Commission des lieux et monuments historiques du Canada.

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