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L'incident du Komagata Maru

Cette histoire est parue à l'origine en 2001

Le 23 mai 1914, le Komagata Maru entre dans le port de Vancouver avec, à son bord, des Indiens venus s'établir au Canada. Leur tentative de débarquement en Colombie-Britannique reste un épisode controversé de l'histoire de l'immigration au Canada.

Le Komagata Maru et le NCSM Rainbow

Le Komagata Maru et le NCSM Rainbow
© Bibliothèque publique de Vancouver / VPL 6229

Jusqu'en 1967, les lois sur l'immigration limitent et parfois même interdisent l'entrée au pays aux immigrants appartenant à certains groupes ethniques et provenant de certains endroits. Ces lois reflètent des sentiments admis au Canada, en Amérique du Nord et dans certaines parties de l'Empire britannique. En 1908, le gouvernement canadien émet des décrets mettant pratiquement un terme à l'immigration des Indiens. Le premier décret stipule que tout Asiatique doit posséder au moins 200 dollars s'il veut être autorisé à entrer au Canada. La chose est presque impossible, car la plupart des Indiens touchent des salaires très bas. Le deuxième décret exige que tous les immigrants arrivent « directement » de leur lieu d'origine. Or aucun vapeur n'assure un service direct entre les deux pays et le gouvernement canadien exerce des pressions sur les compagnies de navigation pour qu'elles continuent à ne pas offrir ce service.

Gurdit Singh, un leader et homme d'affaires sikh, nolise le Komagata Maru afin de défier les lois canadiennes sur l'immigration. Singh part de Hong Kong, et non des Indes, sachant fort bien qu'il enfreint ainsi la règle de la traversée « directe ». Il réunit 376 passagers  24 musulmans, 12 hindous et 340 sikhs  pour la plupart des hommes originaires du Punjab, aux Indes. Étant des ressortissants de l'Empire britannique, Singh croit que ses passagers et lui seront les bienvenus au Canada. Il se trompe.

Lorsqu'ils jettent l'ancre dans le bras de mer Burrard, près de Vancouver, les autorités de l'Immigration interviennent sur-le-champ et interdisent aux passagers de débarquer. Elles ne laissent pas non plus les membres de la communauté sikh de Vancouver monter à bord du navire. Les agents de l'Immigration affirment que les passagers ont violé la loi canadienne sur l'immigration. Les autorités, bénéficiant de l'appui complet des gouvernements du Canada et de la Colombie-Britannique, prennent des mesures extrêmes pour s'assurer que les Indiens ne débarquent pas.

Groupe sikh à bord du Komagata Maru - Vancouver, 1914

Groupe sikh à bord du Komagata Maru - Vancouver, 1914
© Bibliothèque et Archives Canada

Pendant deux mois, le Komagata Maru reste au large dans le bras de mer Burrard. Affamés, les passagers sont virtuellement prisonniers du navire, où ils vivent dans des conditions insalubres. Toutes les avenues ayant été explorées et les tribunaux ayant maintenu leur jugement de déportation, les passagers acceptent de repartir. Le 23 juillet, le Komagata Maru, qui n'est pas armé, quitte le bras de mer Burrard pour retourner à Hong Kong. Il est escorté par un navire de la Marine royale canadienne, le NCSM Rainbow, qui est, lui, fortement armé. Le Komagata Maru sera forcé de rallier Calcutta, aux Indes, où ses passagers connaîtront d'autres difficultés.

Avant la levée des restrictions contre les Indiens, en 1947, aucun d'entre eux ne pouvait immigrer au Canada. Depuis, les perceptions ont changé et les Indiens font partie intégrante de la société canadienne. L'immigration au Canada est un événement d'importance historique nationale qui commémore les origines multiculturelles des Canadiens.

Pour plus d'information, visiter le site De Saraba à Vancouver : The Komagata Maru.

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