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Une main tendue aux femmes déchues

Semaine du lundi le 7 juillet 2008

Rosalie Cadron-Jetté, Mère de la Nativité
© Musée des Soeurs de Miséricorde
Le 12 juillet 1849, Rosalie Cadron-Jetté, dite soeur Marie de la Nativité, et sept sœurs de Miséricorde, obtiennent une certification comme sages-femmes. Basée à Montréal, la congrégation des Soeurs de Miséricorde a été fondée six mois auparavant par Rosalie Cadron-Jetté; elle est la première et la seule communauté religieuse au Canada à offrir un service de maternité aux mères célibataires.

Rosalie Cadron naît à Lavaltrie, dans le Bas-Canada, en 1794. Mariée à l’âge de 17 ans, elle donne naissance à onze enfants, dont cinq meurent en bas âge. Devenue veuve en 1832, elle doit continuer d’élever sa famille et, pour survivre, elle monnaie ses services comme sage-femme. En 1840, malgré les préjugés et les craintes de sa famille, elle entreprend de soigner chez elle les mères célibataires. Faisant fi de sa pauvreté extrême et du mépris que lui opposent les Montréalais, elle continue d’aider ainsi les mères célibataires et les femmes enceintes démunies jusqu’en 1845, lorsqu’elle ouvre l’Hospice Sainte-Pélagie, première maternité consacrée aux mères célibataires.

École ménagère provinciale. Crèche des Soeurs de la Miséricorde, 1950
© Gouvernement du Québec, 2006. G. Cloutnez
L’évêque de Montréal, Ignace Bourget, est au courant du travail nécessaire et inestimable qu’accomplit Rosalie Cadron-Jetté. Il lui offre son appui et lui conseille de fonder un institut religieux qui aurait cette même vocation. Elle accepte et, en janvier 1848, elle fonde avec sept disciples la congrégation des Soeurs de Miséricorde. À sa mort, en 1864, l’institut réunit 33 sœurs, des novices – les Madeleines – et des femmes de la classe ouvrière. En outre, 2 300 mères célibataires ont obtenu asile dans les établissements de la congrégation. Le public a peu à peu appris à surmonter ses préjugés à l’égard des sœurs et des femmes déchues dont elles prennent soin, et reconnaît désormais que les sœurs ne sont pas « complices du péché ».

Crèche des Soeurs de Miséricorde, en 1925. Il y a 36 bébés dans cette photographie.
© Manitoba Historical Society. Collection Joyal-Tellier
En 1865, les autorités religieuses décident que la pratique de la profession de sage-femme est incompatible avec le rôle des sœurs. Sans se laisser abattre, celles-ci acceptent la nouvelle règle et se mettent à enseigner aux laïques la profession de sage-femme et d’infirmière. Au cours des 100 années suivantes, les sœurs créent ailleurs au Canada un réseau d’établissements où les mères célibataires et leurs enfants reçoivent des soins de santé et de l’aide sociale. Les sœurs de Miséricorde élaborent de nouvelles méthodes pour dispenser les soins maternels, prénataux et postnataux, définissant les compétences requises dans ces domaines. Leur programme de formation de sage-femme contribue à la survie de cette profession, que le public garde toujours en haute estime.

La contribution des sœurs de Miséricorde dans le domaine des soins de santé a été désignée événement d’importance historique nationale en 2006.

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