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La mosaïque culturelle de Toronto

Semaine du lundi le 28 avril 2008

Au printemps de 1967, la ville de Toronto décide d’inclure Kensington Market à la liste des quartiers délabrés visés par son projet de rénovation urbaine. Les résidants de Kensington luttent pour protéger leurs maisons, devenues un symbole de tolérance et d’acceptation dans la ville multiculturelle qu’est Toronto.

Rue Baldwin, 1922
© John Boyd / Bibliothèque et Archives Canada / PA-084813
Au début des années 1900, cherchant à améliorer ses conditions de vie, la communauté juive de Toronto quitte le quartier pauvre des immigrants, surnommé « The Ward ». Puisqu’elle n’est pas la bienvenue dans les quartiers anglo-saxons, elle s’installe dans un quartier ouvrier délimité par les rues Spadina, Bathurst, College et Dundas maintenant connu sous le nom de Kensington Market.

En peu de temps, elle y établit un marché à ciel ouvert animé. Des vendeurs ambulants poussent leurs chariots, alors que des résidants convertissent la pièce avant de leurs demeures en commerce, où ils vendent des denrées alimentaires, des vêtements et toutes sortes de produits courants. Jusqu’en 1983, il était même possible d’acheter de la volaille vivante dans les rues.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, de nombreuses familles juives partent s’établir dans les banlieues situées plus au nord, et de nouveaux groupes d’immigrants s’installent. Les Portugais représentent le groupe de nouveaux arrivants le plus important. En 1953, le Sousa Restaurant, premier commerce tenu par un Portugais, ouvre ses portes, et le portugais devient la langue prédominante du quartier, surpassant le yiddish. Les temps changent, mais l’esprit de tolérance demeure. Les enfants de Kensington grandissent en apprenant à accepter les groupes d’autres confessions et ethnies, et ne comprennent pas les allusions racistes qu’ils entendent en dehors de leur communauté. 

Rue Baldwin aujourd'hui
© Parcs Canada / Andrew Waldron / 2005

C’est cet esprit de communauté qui anime les résidants de Kensington Market en 1967, au moment où la Ville de Toronto décide que le quartier doit faire partie de son projet de « rénovation urbaine ». Les autorités municipales, en collaboration avec les gouvernements fédéral et provincial, veulent nettoyer le quartier et réduire les embouteillages qui se forment dans ses rues étroites.

La communauté se mobilise et crée une association de résidants, la Kensington Area Residents Association (KARA), pour faire valoir ses droits auprès des autorités municipales. La KARA se bat pour participer aux débats touchant la rénovation du quartier. Les résidants veulent préserver les caractéristiques uniques du marché, surtout les façades modifiées des maisons. En 1969, le gouvernement fédéral met fin au financement destiné aux projets de rénovation urbaine, et le cachet unique de Kensington Market est sauvegardé.

De nos jours, Kensington Market continue d’être une communauté multiculturelle au cœur de Toronto, et chaque vague successive d’immigrants contribue à la couleur locale du marché. Plus de vingt différentes communautés culturelles y cohabitent, notamment les communautés portugaise, chinoise, coréenne, vietnamienne, latino-américaine, sud-asiatique et celles du Moyen-Orient. En 2006, Kensington Market a été désigné lieu historique national parce qu’il est représentatif de l’engagement du Canada à l’égard d’une mosaïque culturelle.

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