Cette semaine en histoire

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Les femmes du Québec passent à l’action

Semaine du lundi le 26 novembre 2007

Le 30 novembre 1907, la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste (FNSJB) voit le jour, marquant le début du militantisme des femmes francophones au Québec.

Au début du 20e siècle, les effets de l’industrialisation causent bien des préoccupations. L’exode rural entraîne pauvreté, grande promiscuité, hygiène déficiente et pollution. La mortalité infantile, par exemple, est à l’origine de 12,6 % à 17 % des décès au Québec. Partout au Canada, les femmes de la classe moyenne croient que le travail social structuré permettra de résoudre bon nombre de problèmes. Confinées depuis toujours à la maison, les femmes justifient leurs nouvelles activités en invoquant la notion d’idéologie maternaliste, selon laquelle elles doivent étendre leurs penchants maternels et protecteurs à la « scène publique ».

Membres de la Fédération nationale Saint-Jean Baptiste, vers 1925

Membres de la Fédération nationale Saint-Jean Baptiste, vers 1925
© Gracieuseté de l’École nationale de théâtre

 

Or à l’époque, l’église catholique exerce une très grande influence et réserve le travail social aux religieuses. De plus, les nationalistes québécois estiment que la famille et la présence des femmes au foyer sont essentielles à la préservation de la culture française et dissuadent les femmes francophones de participer à la vie publique. C’est pourquoi les associations laïques de femmes du Québec sont principalement composées d’anglophones protestantes.

La FNSJB est née d’un regroupement de femmes de la Société Saint-Jean-Baptiste. Afin de donner satisfaction à l’Église et aux groupes politiques conservateurs, la Fédération adopte l’idéologie féministe chrétienne, qui prévaut en France.

La FNSJB œuvre dans de nombreux domaines. En collaboration avec les comités qu’elle dirige, elle coordonne une vingtaine de groupes affiliés engagés dans des projets de lutte contre la pauvreté, la mortalité infantile et maternelle, l’alcoolisme et la prostitution. Elle met aussi en place des programmes qui valorisent l’éducation, la sécurité et l’amélioration des conditions de travail des femmes.

Selon son programme maternaliste, la FNSJB fait des avancées dans la lutte pour les droits des femmes. À cette époque, les Québécoises sont assujetties à un Code civil demeuré pratiquement inchangé depuis le 16e siècle. Elles sont considérées comme des personnes mineures privées du droit de vote ou de la possibilité de poursuivre des études supérieures. La Fédération et plusieurs autres groupes de femmes sous la direction de Marie Lacoste Gérin-Lajoie parviennent à convaincre le gouvernement provincial d’établir une commission sur les droits de la femme. La Commission Dorion recommande quelques réformes du Code civil, notamment d'accorder aux femmes mariées le droit de gérer leur propre salaire et le patrimoine qu’elles ont constitué avant leur mariage.

Au cours des années 1920, la FNSJB commence à péricliter et met fin à ses activités en 1978. En raison de la place qu’elle a accordée aux femmes canadiennes-françaises dans le travail social et le militantisme politique, l’organisation a joué un rôle prépondérant dans le mouvement féministe au Québec. La fondation de la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste est un événement d’importance historique nationale. Marie Lacoste Gérin-Lajoie est une personne d’importance historique nationale.

Pour en savoir plus sur le mouvement féministe au Québec, lisez la chronique Cette semaine en histoire qui décrit la vie d’Idola Saint-Jean, « Une battante ».

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