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Naturaliste par accident : les aventures et la persévérance de Nicolas Denys

Semaine du lundi le 3 décembre 2007

Le 3 décembre 1653, Nicolas Denys achète les droits sur une grande partie de la région qui se trouve aujourd’hui entre l’île du Cap-Breton et la Gaspésie, et toutes les îles adjacentes, y compris les Îles-de-la-Madeleine et l’Île-Saint-Jean (Île-du-Prince-Édouard).

Le Monde de Nicolas Denys (1660s)
© Le Réseau des musées du Cap-Breton, 2002

À partir de 1632, Nicolas Denys se rend souvent en Acadie pour pêcher, couper du bois, faire du commerce et essayer d’établir des colonies permanentes. Son parcours n’est pas sans embûches. Nicolas a souvent des différends avec les gouverneurs de l’Acadie et d’autres marchands de la Compagnie de la Nouvelle-France. Il est emprisonné à plusieurs reprises, on saisit ses terres et on lui confisque sa propriété. Les pouvoirs judiciaires français le disculpent toujours et ordonnent que ses terres lui soient rendues; toutefois, il n’est jamais totalement indemnisé pour les pertes qu’il subit, ce qui l’amène au bord de la faillite et l’empêche de réaliser son rêve d’établir une grande seigneurie sur la rive nord du Nouveau-Brunswick.

Nicolas Denys établit des forts et des villages dans ce qui s’appelle aujourd’hui le Nouveau-Brunswick, à Miscou, à Nipisiquit (Bathurst) et à Chédabouctou (Guysborough), ainsi qu’en Nouvelle-Écosse, à Saint-Pierre et à Port Rossignol (Brooklyn). Toutefois, vers 1662, il ne reste que sept familles de colons établies de façon permanente. La période la plus sombre de sa carrière se situe en décembre 1668, quand sa maison et son entreprise à Saint-Pierre sont détruites dans un incendie, l’obligeant à déménager à Nipisiquit. Cependant, la contribution historique la plus durable de Nicolas Denys est due à son infortune. Presque ruiné, il décide de coucher sur papier ses 40 ans de souvenirs et d’expériences en Acadie. Il espère que la vente de ces récits lui permettra de réunir les fonds dont il a besoin et d’attirer de nouveaux pionniers.

Nicolas Denys (1598-1688) à St. Pierre (St. Peter’s)
© Le Réseau des musées du Cap-Breton, Lewis Parker, peintre (1982) 

Cet « effort ultime » échoue. Cependant, Nicolas Denys laisse deux volumes de très grande valeur. Le premier, Description géographique et historique des costes de l’Amérique septentrionale: avec l’histoire naturelle du païs, offre une description détaillée de la région côtière de l’Acadie, du Maine à la Gaspésie, ainsi qu’un compte rendu de ses interactions avec des personnages célèbres de son époque, comme Isaac de Razilly, Charles de Menou d’Aulnay et Emmanuel Le Borgne. Le second, Histoire naturelle des peuples, des animaux, des arbres & plantes de l’Amérique septentrionale…, porte sur l’industrie morutière et les autres ressources naturelles de l’Acadie, comme le charbon, qu’il aurait découvert en 1672 sur l’île du Cap-Breton. Les historiens d’aujourd’hui considèrent que ses témoignages sur les Mi’kmaq sont les documents d’époque les plus précis qui aient été publiés.

Nicolas Denys est désigné personne d’importance historique nationale en 1924 pour les liens étroits qu’il a entretenus avec la terre et les peuples de l’ancienne Acadie.


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