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Une route vers l’île : la levée de Canso

Semaine du lundi le 13 août 2007

Le 13 août 1955 marque l’ouverture officielle de la levée de Canso, qui relie l’île du Cap-Breton à la partie continentale de la Nouvelle-Écosse.

Ouverture de la levée de Canso, 13 août 1955
© RCIP 2007. Gut of Canso Museum & Archives

Depuis le début du 16e siècle, les habitants de l’île – Mi‘kmaq, pêcheurs portugais ou espagnols et colons français, britanniques ou canadiens – ont dû dépendre de leurs embarcations pour franchir le détroit de Canso et braver de forts courants de marée et des conditions de glace extrêmes.

En 1901, le Canadien national (CN) prolonge son réseau transcontinental pour profiter de la nouvelle production de charbon, de fer et d’acier de l’île du Cap-Breton, qui dépasse en importance toutes les autres activités commerciales de l’île; en 1952, la région est devenue le centre industriel des Maritimes, et produit 38 % du charbon et 18 % de l’acier du pays. Pendant plus de 50 ans le CN utilise des traversiers de plus en plus grands pour transporter les wagons remplis de l’autre côté du détroit, causant un débat sans fin sur la nécessité d’établir un lien permanent avec le continent.

Croquis d’un pont proposé pour le détroit de Canso, 1903
© RCIP 2007. Gut of Canso Museum & Archives

Au départ, les ingénieurs sont convaincus que les plaques de glace – qui mesurent jusqu’à 175 mètres de largeur,1,5 km de longueur et qui se déplacent à une vitesse de 4 à 7 nœuds – ainsi que les courants, plus importants que ceux du fleuve Saint-Laurent, viendront à bout de tout lien terrestre. Cependant, le gouvernement du Canada finit par approuver, en 1952, une proposition technique visant la construction d’une levée reliant le cap Breton au continent. En forme de S, la levée longue de 1,6 km et large de 25 mètres au niveau de la route, s’élève à 6 mètres au-dessus de la mer; il faut 9,2 millions de tonnes de roches pour la remblayer. On ne voit dépasser au-dessus de la mer que 5 % de l’ouvrage, dont la largeur atteint 260 mètres à son point le plus bas, c’est-à-dire à une profondeur de 73 mètres. Malgré d’énormes difficultés techniques, les travaux coûtent moins cher que prévu et sont terminés trois semaines à l’avance; la levée Canso est alors la levée empierrée qui atteint la plus grande profondeur au monde.

La levée et le canal de Canso vus du cap Breton
© RCIP 2007. Gut of Canso Museum & Archives

Sa construction a un effet immédiat et durable sur le développement économique de l’île du Cap-Breton; lorsque l’industrie du charbon et de l’acier décline, dans les années soixante, la levée facilite la diversification économique et l'essor du tourisme, le nombre de visiteurs étant déjà passé de 30 000 à 120 000 par an. Sa présence élimine les courants de marée, ce qui permet la construction d’un nouveau superport en eau profonde qui attire bientôt au cap Breton des usines de pâtes et papiers, de gypse, d’huile raffinée, d’eau lourde et d’exploitation de carrières.

La victoire sur les défis techniques posés par l’environnement naturel du détroit de Canso fait de la construction de la levée de Canso l’une des plus grandes réalisations du génie canadien. Cela, combiné à l’importance culturelle de l’ouvrage pour les habitants du cap Breton, pour qui il représente non seulement le « retour à la maison » mais aussi le fait de « partir, même si on préférerait rester », mène à sa désignation comme événement d’importance historique nationale en 2005.

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