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La « garde » de La Corne

Semaine du lundi le 14 mai 2007

Gertrude Duchemin voit le jour le 20 mai 1910 à Sainte-Thècle, en Mauricie. Elle fait partie des quelques centaines d’infirmières canadiennes-françaises qui se rendent exercer leur profession dans les régions nouvellement colonisées du Québec au cours des années 1930. Elle reste en poste au dispensaire de La Corne, en Abitibi-Témiscamingue, pendant 40 ans, soit de 1936 à 1976.

Gertrude Duchemin
Gertrude Duchemin
© Desparois, journal Paysanna 1946

La crise économique des années 1930 touche durement tous les Canadiens. Pour aider les chômeurs, les gouvernements fédéral et provincial adoptent des politiques de « retour à la terre » en incitant des milliers de familles de milieux urbains à s’établir dans des régions peu peuplées. Cette migration vers les régions entraîne un besoin pressant de soins de santé pour les colons. Au Québec, le Service médical aux colons, créé pour pallier le manque de médecins, embauche Gertrude Duchemin afin qu’elle subvienne aux besoins médicaux de la jeune collectivité de La Corne, établie en 1935. 

Le dispensaire de La Corne en 1946
Le lieu historique du Canada du Dispensaire-de-La-Corne en 1946
© Desparois, journal Paysanna 1946

Gertrude Duchemin est alors une jeune infirmière diplômée de l’hôpital Lachine, tenu par les Sœurs de la Providence. Elle ne pratique que quelque temps dans un cabinet privé et dans un hôpital de Montréal avant de se retrouver devant l’immense tâche que représente la direction d’un dispensaire. En plus de voir à l’hygiène publique, d’aider les femmes à accoucher et d’accomplir les tâches courantes des infirmières, « garde » Duchemin pratique aussi des interventions qui relèvent de la médecine, de la pharmacologie et de la dentisterie. Le dispensaire n’est construit qu’en 1940. De 1936 à 1940, Getrude Duchemin est installée dans un bâtiment communautaire qui abrite aussi l’église, l’école et le presbytère. Elle doit donc se débrouiller dans un environnement inadéquat situé dans une région éloignée. Elle est appelée à se déplacer rapidement, à toute heure de la journée et par tous les temps imaginables. Lorsqu’elle arrive à La Corne, la collectivité n’est pas encore pourvue d’un système de transport ou de communication efficace. Elle doit se déplacer en utilisant les moyens mis à sa disposition par les colons. Ceux-ci vont aussi la voir à son dispensaire. L’importance de sa fonction et la nature de son travail lui permettent d’outrepasser les normes de l’époque et de jouir de certaines libertés normalement réservées aux hommes comme le port du pantalon et la possibilité de sortir seule le soir.

Gertrude Duchemin a dévolu toute sa carrière à soigner les habitants de la municipalité de La Corne. Comme plusieurs autres infirmières de colonie, elle a contribué à la colonisation et au développement du tissu social d’une région éloignée du Québec. Le dispensaire de La Corne, où elle a vécu de 1940 jusqu’à sa mort en 1990, a été désigné un lieu d’importance historique nationale en 2004.

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