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La langue, généalogie d’une nation

Semaine du lundi le 22 janvier 2007

Fils de Lithuaniens d’origine juive, Edward Sapir naît le 26 janvier 1884 dans le nord de l’Allemagne. Sa famille immigre en Angleterre en 1889, puis aux États-Unis en 1890. C’est sans doute à cette enfance cosmopolite qu’il doit sa fascination et sa passion pour les langues.

Edward Sapir (1884-1939)
© CMC/MCC, 85901LS. Photo : Florence Hendershot

Muni d’une prestigieuse bourse d’études du comité Pulitzer, Sapir entre à l’Université Columbia où il étudie la linguistique allemande et indo-européenne, un domaine dans lequel il se distingue. Après avoir été l’élève du célèbre anthropologue Franz Boas, Sapir décide de se consacrer à l’enregistrement des langues autochtones considérées à l’époque comme en voie de disparition. Au fils de ses travaux, il enregistre 39 langues différentes et recueille des données ethnographiques et culturelles complètes sur les peuples étudiés.

L’année 1910 marque les débuts de l’anthropologie professionnelle au Canada, car c’est alors que le premier ministre sir Wilfrid Laurier crée la première Division d’anthropologie de la Commission géologique du Canada, dont il confie la direction à Edward Sapir. Ce service devient un véritable laboratoire où des anthropologues actifs sur le terrain documentent toute la richesse culturelle des Premières nations du Canada. Au cours des quinze années qu’il passe au pays, Sapir apporte une grande contribution à l’étude des peuples autochtones du Canada aux plans linguistique, ethnologique et culturel. C’est grâce à lui que Charles Marius Barbeau et Diamond Jenness, aujourd’hui reconnus comme les plus grands des premiers anthropologues du Canada, se joignent à la Division.

Alfred Davidson, de Masset, en train de sculpter la pirogue en 1904.
© CMC/MCC, 26665. Photo : Edward Sapir.
Sapir met au point un nouveau système de classification des artefacts fondé sur le concept de régions géographiques ou culturelles réunissant des peuples partageant certains traits culturels importants comme la langue, la culture matérielle ou les structures sociales. Encore en usage de nos jours, ce système permet aux chercheurs d’identifier rapidement, par secteur culturel et par groupe, n’importe quel objet de musée, et d’évaluer facilement les forces et les faiblesses d’une collection. Sapir publie beaucoup.

Il publie notamment les résultats de ses recherches ethnographiques sur le terrain portant sur les Premières nations nuuchahnulth de l’île de Vancouver et sur les langues des Premières nations tsuu t’ina, gwich’in et deg hit’an. Homme aux talents et intérêts nombreux, il écrit de la poésie et des critiques littéraires, étudie la psychologie et compose de la musique. Il fonde Language, la revue de la Linguistic Society of America, et publie des articles sur le yiddish, les études judaïques et la linguistique africaine. On le considère comme le fondateur de l’ethnolinguistique.

Samuel Johnson a dit que la société devrait regretter la disparition d’une langue, car les langues constituent la « généalogie » des nations. Edward Sapir a été désigné personne d’importance historique nationale en 1983 pour sa contribution majeure à la documentation et à la compréhension des Premières nations du Canada. Ses collègues, Charles Marius Barbeau et Diamond Jenness ont eux aussi reçu cette désignation, en 1985 et en 1973 respectivement.


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