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L’eau continue de couler : le canal de Cornwall

Semaine du lundi le 26 juin 2006

Le 1er juillet 1958, les échos d’explosions lointaines déferlent sur la petite ville industrielle de Cornwall, sonnant le glas du canal de Cornwall, l’un des points d’intérêt de la ville depuis plus de 115 ans.

Le canal de Cornwall, 1840
© Bibliothèque et Archives Canada / W.H.Coverdale Collection of Canadiana
Ces explosions marquent l’entrée en service de la Voie maritime du Saint-Laurent et de la centrale hydro-électrique, qui doivent respectivement faciliter le transport commercial et approvisionner les agglomérations riveraines des Grands Lacs. À mesure que les barrages temporaires cèdent, l’eau inonde la nouvelle voie navigable et emporte avec elle les dernières traces de plusieurs villages historiques ainsi que la plus grande partie de cette page de l’histoire des transports au Canada.

Situé le long du fleuve Saint-Laurent, à 110 kilomètres au sud-ouest de Montréal, le canal de Cornwall, long de 18,5 kilomètres, est construit entre 1832 et 1842 pour contourner les dangereux rapides du Long Sault. À cet endroit, le fleuve plonge de 14,5 mètres sur un peu moins de 1,5 kilomètre. Contrairement aux canaux militaires des rivières des Outaouais et Rideau, les canaux du Saint-Laurent ont une vocation strictement commerciale : ils visent à aider les ports de Montréal et de Québec à concurrencer la ville de New York, qui est reliée aux Grands Lacs par le canal Érié.

Le canal de Cornwall, 1910 (même vue)
© Bibliothèque et Archives Canada / Andrew Merrilees Collection
Le canal de Cornwall connaît des débuts houleux. Tout d'abord, sa construction est maintes fois retardée parce que le gouvernement du Haut-Canada est incapable d’obtenir des prêts, en partie à cause de l’immense dette déjà accumulée pour la construction de canaux. Ce n’est qu’avec l’Acte d’union de 1840, qui fusionne le Haut et le Bas-Canada, que la nouvelle province du Canada acquiert suffisamment d’influence politique pour obtenir le financement nécessaire pour terminer la voie navigable. Par la suite, les immigrants irlandais venus travailler à la construction du canal – pour la plupart des célibataires sans liens avec la communauté locale – donnent maille à partir à la petite ville agricole tranquille de Cornwall. Ainsi, en 1834, le shériff adjoint Ewen Stuart est assassiné lorsqu’il remet une citation à comparaître à un travailleur. Deux ans plus tard, un éminent citoyen local, Albert French, est tué lorsqu’il refuse de transporter trois travailleurs. Les troupes qui doivent être postées à Cornwall pendant les procès et les exécutions restent sur place jusqu’à l'achèvement du canal. Cependant, le canal finit par démontrer sa valeur en transformant Cornwall en un important centre industriel. Grâce aux tanneries, minoteries, usines de papier et filatures de laine et de coton qui occupent bientôt le secteur riverain, la ville de Cornwall connaît une expansion industrielle constante, même lorsque le pays traverse les récessions des années 1870 et 1920.

Le canal de Cornwall a beaucoup facilité le transport des marchandises entre les Grands Lacs et l’Est du Canada, en plus d'entraîner une importante croissance industrielle dans la région de Cornwall. Le canal de Cornwall a été désigné un événement d’importance historique nationale en 1923.

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