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Batoche : terres sacrées des Métis

Semaine du lundi le 8 mai 2006

Du 9 au 12 mai 1885, dans la communauté métisse de Batoche, 300 combattants métis résistent à 800 soldats réguliers et miliciens canadiens que le gouvernement du Dominion a dépêché pour étouffer ce qu’on appelle la « Rébellion du Nord-Ouest ». Cette bataille de quatre jours, qui sera remportée par les troupes fédérales, constitue la dernière réponse armée des Métis après des années de pétitions inutiles et d’hostilités ouvertes avec le gouvernement fédéral.

Gabriel Dumont, Batoche, 1885
© Société canadienne des postes, 1985. Reproduit avec permission.
Dans les années 1870, offensés par le non-respect des promesses faites en matière de concessions de terres, de nombreux Métis quittent le Manitoba et fondent de nouveaux établissements dans ce qui est aujourd’hui le centre de la Saskatchewan. Cependant, en 1884, ils se retrouvent confrontés à des problèmes familiers. Prévoyant un accroissement de l’immigration vers l’Ouest, les arpenteurs fédéraux arrivés sur place refusent d’arpenter les terres des Métis selon le système traditionnel des lots riverains. De plus, quand les Métis demandent qu’on les aide à passer à un mode de vie agraire et qu’on autorise leurs enfants à aller à l’école, Ottawa fait la sourde oreille. Ces griefs débouchent sur les événements de 1885, dont la bataille de Batoche est le point culminant.

Charrette de la rivière Rouge
Bibliothèque et Archives Canada / 1963-97-1.11R:A
Les Métis – nés de l'union de marchands de fourrures européens et de femmes issues des Premières nations – possèdent une identité culturelle distincte. Ils chassent le bison comme leurs frères autochtones, dirigent des magasins et des commerces comme leurs parents européens, souhaitent que leurs enfants reçoivent une bonne éducation, chérissent leur indépendance, développent le michif – leur propre langue franco-crie – embrassent le catholicisme et ont une vie culturelle remplie de festivals, de chants et de danses.

Barge de York
© Société canadienne des postes, 1997. Reproduit avec permission.
Cependant, aux yeux des politiciens de l’Est du Canada, les Métis sont des « sang-mêlés », des sauvages qui nuisent aux efforts déployés en vue de bâtir une nation. Ces politiciens balaient du revers de la main l’importante contribution des Métis au tissu historique du Canada. À la fin des années 1800, la plus grande partie des commerçants de fourrure sont des Métis qui servent d’intermédiaires entre les deux cultures et qui les approvisionnent toutes deux. Ils adaptent la technologie européenne, créant des innovations comme la charette de la rivière Rouge et la barge de York. Ils tracent des pistes qui ouvrent les provinces de l’Ouest aux nouveaux immigrants. Chaque fois qu’ils chassent le bison, ils élisent des gouvernements provisoires chargés de faire appliquer les lois de la chasse, une activité qui avive la conscience politique dans l’Ouest. Le leader métis Louis Riel participe pleinement aux négociations qui mènent à l’établissement de la cinquième province du Canada, le Manitoba, en 1870. En 1885, les Métis donnent à la toute nouvelle armée canadienne un avant-goût de la guérilla de même que sa première victoire.

La communauté métisse de Batoche, lieu symbolisant le choc des aspirations dans l’Ouest du Canada, a été désignée lieu historique national en 1923.

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