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Un lord lance une nouvelle qui fait l'effet
d'une bombe

Semaine du lundi le 2 février 1998

Le 4 février 1839, un document remarquable arrive au Colonial Office de Londres. Le comte de Durham, le gouverneur général du Canada pendant cinq mois en 1838, dépose un rapport de 119 pages sur les colonies agitées du Haut et du Bas-Canada, aujourd'hui le sud de l'Ontario et du Québec. Il conseille au gouvernement britannique de réunifier les Canadas et de leur accorder plus d'autonomie gouvernementale.

John George Lambton, 1er comte de Durham, 1792-1840

John George Lambton,
1er comte de Durham, 1792-1840

© BAC / C-121846

En Grande-Bretagne, la question des Canadas est à l'ordre du jour depuis 1837. Voilà des années que les gouverneurs venus de Londres se querellent avec les réformateurs membres des assemblées élues. À la fin de 1837, des révoltes armées éclatent dans les campagnes voisines de Montréal, Toronto et London. Le gouvernement britannique réplique par l'envoi de « Radical Jack » Lambton, premier comte de Durham, en charge d'une enquête spéciale. Durham est non seulement un très riche propriétaire foncier, mais aussi un politicien radical doté d'un fort charisme. Après avoir joué un rôle actif dans la réforme du Parlement britannique en 1832, il s'est mis à la tête d'une aile radicale du gouvernement, regroupant les partisans mécontents. On lui a donc confié diverses missions spéciales à l'étranger, d'abord en Russie et en Belgique, puis au Canada.

Dans la vieille capitale, Québec, Durham organise de somptueuses réceptions et passe des semaines à étudier la situation avec ses aides. La loi qu'il promulgue visant à exiler des rebelles aux Bermudes n'est pas légale et est annulée par le gouvernement impérial. Dégoûté, Durham rentre en Grande-Bretagne où il entreprend de rédiger son Rapport. Dans ce document, il affirme que les colonies seraient plus loyales à la Grande-Bretagne si elles se gouvernaient elles-mêmes. Il ajoute cependant que le Bas-Canada est constitué de « deux nations en guerre au sein d'un même État », et que les Canadiens-français ralentissent la marche de l'Empire britannique en Amérique du Nord. Durham croit que le Haut et le Bas-Canada doivent être réunifiés et que la majorité anglophone doit dominer. Le gouvernement britannique donne son aval et réunifie le Canada en 1841. Le gouvernement colonial « responsable » qui voit le jour dans les années 1840 compte des Canadiens-français parmi ses dirigeants.

Le célèbre rapport de Durham est encore controversé. Il a toujours été détesté au Québec parce qu'il dénigre les Canadiens-français, dont il préconise l'assimilation. L'opinion que Durham avait du Canada français prête toujours à controverse, mais ses vues sur l'autonomie gouvernementale ont changé la perception que les Canadiens avaient d'eux-mêmes au sein de l'Empire. Le virage pacifique en direction de ce qui est aujourd'hui le Commonwealth britannique des nations a ainsi été facilité.

Lord Durham a été reconnu personnage d'importance historique nationale à la suite d'une recommandation de la Commission des lieux et monuments historiques du Canada en 1974.

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