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Entre deux mondes : William Beynon, ethnographe

Semaine du lundi le 9 janvier 2006

Le 15 janvier 1945, William Beynon participe aux désormais célèbres potlatchs du village gitksan de Gitsegukla, en Colombie-Britannique. Pendant cinq jours, il prend part aux cérémonies qui se déroulent dans l’établissement autochtone, documentant le tout avec soin et jetant un nouvel éclairage sur les traditions séculaires du peuple tsimshian. Plus de 60 ans plus tard, les travaux de Beynon ont résisté à l’épreuve du temps et prouvé qu’il était bel et bien le plus grand ethnographe canadien de sa génération.

William Beynon (1888-1958)
© Musée canadien des civilisations, photo Marius Barbeau, 1947, image no 103014.
Né en 1888 à Victoria, en Colombie-Britannique, d’une mère tsimshian et d’un père gallois, Beynon apprend à parler l’anglais et le nisga’a. À la mort de son oncle maternel, en 1914, il assume à contre-cœur le rôle de chef de la phratrie du loup (la phratrie étant une subdivision de la tribu, en langue nisga’a, « laxgibu ») de la société tsimshian. Lors d’une cérémonie tsimshian traditionnelle, il épouse la nièce d’un chef important et prend le nom de « Gusgain », qui signifie « Haute Falaise ». Cependant, ce sont ses travaux en ethnographie plutôt que son statut de chef qui justifient la place qu’il occupe dans l’histoire du Canada.

En 1915, Beynon forme avec le célèbre anthropologue Marius Barbeau un partenariat qui durera près d’un demi-siècle. Ensemble, ils font le recensement ethnographique des sociétés tsimshian, nisga’a et gitksan, mettant l’accent sur leurs cultures et leurs structures sociales. En plus de s’adonner à l’ethnographie, Beynon consigne l’histoire et la littérature de son peuple, et sert d’interprète auprès d’autres chercheurs. Bien qu’il n’ait aucune formation formelle en anthropologie, Beynon produit des œuvres qui sont considérées comme des sources magistrales sur ces cultures. De plus, il enrichit la littérature sur les croyances des Tsimshian et clarifie des écrits jusque-là mal interprétés.

Beynon et son équipe procédant à une entrevue
© Bibliothèque et Archives Canada
Après une visite à Gitsegukla en 1945, William Beynon fait une description incomparable des cérémonies entourant les potlatchs. Interdites par le gouvernement fédéral de 1884 jusqu’aux années 1950 dans une tentative d`assimiler encore davantage les populations autochtones, ces cérémonies grandioses prévoyaient souvent des échanges de cadeaux, des danses, des récits d’histoire orale et la consignation d’événements importants, comme des mariages et des décès. Les travaux de Beynon sont considérés comme les meilleurs jamais rédigés sur ce sujet.

À sa mort en 1958, William Beynon est considéré comme le principal ethnographe du peuple tsimshian. Il a compilé de nombreux carnets remplis d’annotations sur des détails observés des décennies auparavant. Les travaux de Beynon sur le peuple tsimshian sont conservés à la bibliothèque Butler de l’Université Columbia. Il a été désigné personne d’importance historique nationale en 1989.

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