Cette semaine en histoire

Archives

La communauté juive de Montréal et la Main

Semaine du lundi le 25 décembre 2006

Le 31 décembre 1928, Schwartz’s Hebrew Delicatessen ouvre ses portes, en plein cœur de la communauté juive de Montréal, sur la Main.

À l’origine, en 1672, le boulevard Saint-Laurent s’appelle la rue Saint-Lambert et relie la portion enclose de la ville de Montréal à la côte Saint-Laurent, au nord. En 1792, la rue Saint-Laurent devient la ligne de partage entre l’est et l’ouest de la ville. Depuis 1825, on l’appelle la Main. Au 19e siècle, la Main est le centre de l’immigration à Montréal.

Rabbin Dr. Charles Denberg (gauche) à la synagogue B'Nai Jacob.
Rabbin Dr Charles Denberg (gauche), à la synagogue B'Nai Jacob.
© Bibliothèque et Archives Canada / Montreal Star collection / PA-133223
Les immigrants juifs arrivent à Montréal par vagues. Avant la conquête par les Britanniques, les Juifs sont interdits en Nouvelle-France. En 1760, la ville de Montréal se rend au général anglais Jeffrey Amherst, alors accompagné d’un Juif nommé Aaron Hart, qui devient ainsi le premier Juif de Montréal. Les Juifs forment le premier groupe d’Européens non chrétiens à s’établir au Canada. La première synagogue du pays, Shearith Israel, est fondée à Montréal en 1768.

Après 1881, des Juifs ashkénazes originaires de nombreux pays d’Europe, dont l’Autriche-Hongrie, la Roumanie et la Russie, viennent au Canada pour échapper à différents types de persécution. En 1931, près de 60 000 Juifs vivent à Montréal, ce qui fait de cette population le troisième groupe ethnoculturel, après les Français et les Anglais. Le yiddish est alors si courant qu’il est la troisième langue la plus parlée à Montréal. Dans les années 1950, des Juifs séfarades venus d’Irak, du Liban et du Maroc depuis peu indépendant, fuyant la persécution, arrivent à Montréal. Une bonne partie de ces immigrants s’acculturent au sein de la communauté francophone.

L’anti-sémitisme existe alors aussi au Canada. Les Juifs sont souvent exclus des universités, des hôpitaux, des emplois. Dans les années 1920, les Juifs sont classés dans une catégorie spéciale destinée à décourager leur immigration et, dans les années 1930 et 1940, des réfugiés juifs fuyant l’Europe nazie se voient interdire l’entrée au Canada.

Charcuterie Schwartz.
Charcuterie Schwartz.
© Parcs Canada / Mallory Schwartz / 2002
Les Juifs qui vivent et qui travaillant sur la Main durant l’entre-deux-guerres ont accès à des épiceries kascher et à des synagogues, et peuvent travailler dans des usines de vêtements ou de textiles. Ces fabriques attirent les Juifs, car leurs propriétaires sont souvent eux aussi des Juifs, ce qui permet aux travailleurs de s’adresser directement à leurs patrons en yiddish. Plusieurs entreprises traditionnelles de cette époque ont survécu, dont le Schwartz’s Deli, un des symboles de la Main.

Conserver la culture juive est une priorité. Le yiddish demeure la langue vernaculaire de la communauté, du théâtre local et des journaux communautaires, dont le Keneder Adler (« L’aigle canadien »).

De nombreux créateurs montréalais sont issus de cette communauté, dont les poètes Abraham Moses Klein et Irving Layton, le romancier Mordecai Richler et l’acteur William Shatner.

La Main a été désignée lieu historique national du Canada en 1996.

Date de modification :