Cette semaine en histoire

Archives

Miss-top-ashish : Petit-Géant-des-Prairies

Semaine du lundi le 11 juillet 2005

Le 12 juillet 1690, un employé de la Compagnie de la Baie d’Hudson, Henry Kelsey, entreprend la rédaction d’un journal de voyage – le premier récit écrit de l’histoire de l’Ouest canadien. Arrivé à la baie d’Hudson en 1684 comme garçon de cabine à bord du Happy Return, il décide d'y rester et se fait courrier. De 1684 à 1722, « Boy Kelsey » s’élève dans la hiérarchie de la Compagnie et devient finalement gouverneur de York Factory. Sa principale réalisation est cependant son voyage documenté à travers les vastes prairies canadiennes.

Un timbre en l'honneur d'Henry Kelsey
© Société canadienne des postes, 1970. Reproduit avec permission.

Intelligent et fin observateur, Kelsey parle la langue crie et comprend les coutumes des Autochtones. En 1689, il part pour l’intérieur des terres afin d’inviter les Dénés du Nord à apporter directement leurs fourrures à la baie d’Hudson. A cause du mauvais temps et de provisions insuffisantes, cette première mission échoue. Kelsey n’en sera pas moins le premier non-Autochtone à documenter le bœuf musqué de l’Arctique.

En 1690, Kelsey fait route vers l’Ouest afin de persuader les bandes de l’Ouest canadien d’apporter directement leurs fourrures aux forts de la baie d’Hudson. Il cherche aussi à convaincre les Naywatame Poets de mettre un terme à leurs raids perturbateurs contre les autres tribus. Pendant deux ans, Kelsey parcourt l’intérieur du pays, soit les basses-terres de l’Arctique, la forêt boréale et les prairies parcs de trembles, de même que les prairies herbeuses de la Saskatchewan et du Manitoba actuels. Il est le premier Européen à observer et à documenter le bison des bois et le grizzly. En fait, Kelsey acquiert son nom cri, Miss-top-ashish (Petit-Géant), après avoir tué deux grizzlis affamés et menaçants. Kelsey vit parmi plusieurs bandes semi-nomades qu’il accompagne dans leurs déplacements. Son journal, rédigé dans un style irrégulier, mais poétique, renferme des commentaires sur les cérémonies du calumet, l’utilisation des outils, les pratiques médicales et l’organisation familiale. Incapable d’arrêter les raids des Naywatame, Kelsey parvient néanmoins à convaincre plusieurs bandes de traiter directement avec les forts de la Compagnie de la Baie d’Hudson.

Kelsey on the Plains: Rex Woods (artiste)
© Collection Confederation Life / Bibliothèque et Archives Canada.
Malheureusement, pour empêcher que le journal de Kelsey ne passe aux mains de ses concurrents, la Compagnie ne fera jamais connaître son exploit. Le journal réapparaît en 1759, lors de l’enquête du gouvernement britannique sur le monopole de la Compagnie de la Baie d’Hudson, mais considéré comme un faux par les critiques de la Compagnie, il disparaît à nouveau. En 1926, il est redécouvert parmi les documents personnels du principal critique de la Compagnie en 1759, Arthur Dobbs. Kelsey écrit aussi un dictionnaire cri-anglais et plusieurs autres journaux relatant ses expériences personnelles et la vie au sein de la Compagnie.

Kelsey est le premier Européen à explorer les prairies canadiennes. Il faudra attendre 50ans avant qu’une autre aventure commerciale du genre soit tentée. Cet exploit a valu à Henry Kelsey d’être désigné personne d’importance historique nationale en 1931.

Date de modification :