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« Le chef »

Cette histoire est parue à l'origine en 2000

Le 20 avril 1890, à Trois-Rivières, au Québec, naît l'un des premiers ministres les plus adulés et les plus controversés du Québec, Maurice Duplessis.

Duplessis serrant la main de Mitchell Hepburn, le premier ministre de l'Ontario.
© Bibliothèque et Archives Canada / C-19527

Prédestiné à la vie politique, Duplessis entreprend son ascension vers le pouvoir en 1927, lorsqu'il remporte la première de neuf victoires consécutives comme député de Trois-Rivières à l'Assemblée législative du Québec. Déjà, le premier ministre Louis-Alexandre Taschereau dit de lui, « Surveillez ce jeune homme. Il ira loin. »

En 1933, Duplessis prend la tête des conservateurs du Québec. Après près de 40 ans de règne libéral, il juge qu'un changement s'impose. En 1935, il s'allie à l'Action libérale nationale et crée l'Union nationale. Un an plus tard, il expose la corruption qui règne chez les libéraux, obligeant Taschereau à démissionner. Duplessis mène l'Union nationale à la victoire lorsqu'il défait Joseph-Adélard Godbout, le successeur de Taschereau.

Brillant orateur, Duplessis aime passionnément sa province et sait rester à l'écoute des Québécois. En 1939, cependant, la controverse entourant la conscription lui vaut la défaite. Les ministres fédéraux du Québec considèrent qu'une autre victoire de Duplessis équivaudrait à un rejet de la politique nationale sur la guerre et menacent de démissionner. Sans représentants auprès du gouvernement fédéral, les Québécois craignent que personne ne s'oppose à la conscription en leur nom.

De retour au pouvoir en 1944, Duplessis demeurera premier ministre du Québec jusqu'à sa mort en 1959. Considéré par le Canada anglais comme un dictateur avide de pouvoir, il a souvent fait fi des libertés civiles pour atteindre ses buts. Comptant beaucoup sur la « contribution » du monde des affaires, Duplessis a déclaré illégales la plupart des grèves et souvent accusé les syndicalistes d'être des communistes. Sa Loi du cadenas permettait d'arrêter toute personne soupçonnée d'activité communiste et de lui interdire l'accès à sa demeure. Un jour, Duplessis demande à un ministre de son Cabinet de démissionner; celui-ci ayant refusé, il prononce la dissolution de son gouvernement, puis le reforme en renommant tous ses ministres, sauf l'insoumis!

« Gerry, passez-moi 33 123,53$! »
© Bibliothèque et Archives Canada / Norman Hudon / C-19527

Néanmoins, l'électorat québécois a maintes fois réélu Duplessis parce qu'il défendait l'autonomie de la province. Il a défendu les droits, la langue, la religion et les traditions des Canadiens français, en plus de leur donner un drapeau distinctif. L'impôt provincial qu'il a introduit et son combat contre les visées centralisatrices d'Ottawa ont porté le Québec à un niveau de pouvoir et d'influence sans précédent par rapport au gouvernement fédéral. Opposé à toutes les initiatives fédérales, même les plus indispensables, Duplessis était vu comme le protecteur des droits du Québec. Aux yeux des Canadiens français, Duplessis était un sauveur - du moins jusqu'à la Révolution tranquille des années 1960.

Maurice Duplessis a été désigné personne d'importance historique nationale en 1974.

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