Cette semaine en histoire

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Cité libre!

Semaine du lundi le 31 mai 2004

Le 1er juin 1950 marque la parution du premier numéro de la revue Cité libre. Cette publication laïque fondée par des intellectuels dont Pierre Elliott Trudeau, futur premier ministre du Canada, est appelée à avoir un impact profond sur la société québécoise.

Hon. Pierre Elliott Trudeau, premier ministre du Canada (1968-1979 /1979-1984)
© Bibliothèque et Archives Canada / C-046600

Après la Seconde Guerre mondiale, le Québec connaît une grande prospérité économique, mais de fortes inégalités subsistent dans la société. Les milieux réformistes revendiquent de plus en plus la modernisation des structures politiques et sociales. Ils se heurtent toutefois à de fortes résistances de la part du parti de l’Union nationale et de son chef Maurice Duplessis, qui gouverne la province de 1944 à 1959. Ce dernier prône un nationalisme traditionaliste qui défend les valeurs véhiculées par l’Église catholique.

À cet effet, Duplessis réprime le syndicalisme militant, dénonce les intellectuels réformistes et s’oppose à toute intervention de l’État. Dans le contexte de l’après-guerre, le modèle que propose Duplessis se révèle de moins en moins conforme à la nouvelle réalité socio-économique. Malgré tout, le gouvernement de l’Union nationale veut maintenir le statu quo.

Devant ce discours autoritaire et fermé à la discussion, la revue Cité libre est fondée afin de rompre le silence et d’élaborer une pensée commune face aux problèmes engendrés par le conservatisme de Maurice Duplessis. Malgré son faible tirage, la première série de cette publication, qui paraît de 1950 à 1959, devient l’un des canaux de diffusion d’un libéralisme renouvelé. Cette revue critique non seulement le gouvernement de Duplessis, mais les valeurs traditionnelles qui empêchent le changement.

P.E. Trudeau à la convention du leadership libéral, (Ottawa, Ont.) 1968
© Bibliothèque et Archives Canada / PA-111213
Dans un des articles qu’il écrit pour Cité libre, Trudeau affirme que les élites politiques et religieuses sont responsables du retard que connaît le Québec face au Canada et à l’Occident dans les domaines économiques, politiques, académiques et culturels. Les collaborateurs de cette revue ressentent l’urgence de stimuler le débat et d’insuffler un nouvel esprit qui permettra de rattraper le temps perdu. Pour ce faire, ils favorisent tout d’abord les libertés individuelles. Ils veulent un État interventionniste, non confessionnel et non nationaliste qui se consacre au combat des inégalités sociales et économiques ainsi qu’à la démocratisation des institutions, le tout dans un système fédéral.

À la mort de Duplessis, les libéraux remportent les élections provinciales de 1960, ce qui annonce le début de la Révolution tranquille au Québec. Cette année-là, Cité libre lance sa deuxième série de publications qui paraîtra jusqu’en 1966. Entre-temps, Trudeau se joint au Parti libéral du Canada en 1965, où il se taille une solide réputation. Il deviendra premier ministre du Canada de 1968 à 1979 et de 1980 à 1984.

Pierre Elliott Trudeau a été désigné personne d’importance historique nationale en 2000.

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