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La « dame blanche » de l'Ouest

Semaine du lundi le 11 août 2003

Le 16 août 1780, Marie-Anne Gaboury reçoit le sacrement du baptême dans la communauté québécoise de Maskinongé. Celle qui deviendra en 1806 l’une des premières euro-canadiennes, et certainement la première francophone, à s’établir dans l’Ouest canadien connaîtra tout au long de sa vie de nombreuses péripéties dignes d’une héroïne de roman.

Représentation de l'arrivée de Marie-Anne Gaboury et de Jean-Baptiste Lagimodière dans la vallée de la Saskatchewan
© Collection du Musée de Saint-Boniface (0437)
L’aventure de Marie-Anne débute par la rencontre de Jean-Baptiste Lagimodière. Lorsque ce coureur de bois, qui ne peut résister à l’appel de l’Ouest, fait part à Marie-Anne de son départ prochain, celle-ci décide qu’elle le suivra en ces lieux lointains. Elle l’épouse donc le 21 avril 1806 et le mois suivant le couple s’embarque à bord d’un canot pour un long voyage de trois mois. Au gré des rivières et des portages, Marie-Anne, qui est déjà enceinte, doit lutter contre l’épuisement et les caprices de dame nature. Enfin arrivés dans la région de la fourche des rivières Rouge et Assiniboine, aujourd’hui le Manitoba, les Lagimodière se dirigent vers Pembina où ils comptent s’établir. La jeune femme catholique doit alors s’adapter à ce nouveau mode de vie rudimentaire; elle ne parle pas la même langue que ses amies amérindiennes et ne peut pratiquer sa religion, car aucun missionnaire n’a encore mis les pieds en cette contrée.

Vue de la colonie de Selkerk, au Manitoba
© Bibliothèque et Archives Canada / C-008714
En 1807, Jean-Baptiste emmène sa femme et son nouveau-né au fort des Prairies, dans la vallée de la Saskatchewan. Pendant quatre ans, Marie-Anne mène une vie nomade, accompagnant son mari dans ses nombreux voyages de chasse. Lorsqu’en 1812, lord Selkirk, de la Compagnie de la Baie d’Hudson, fonde une colonie écossaise à la rivière Rouge, les Lagimodière comptent parmis les premiers colons à s’y établir en permanence. Marie-Anne peut alors espérer la venue éventuelle de missionnaires et d’autres femmes blanches. Toutefois, les premières années de la nouvelle colonie sont précaires. En effet, le violent conflit opposant les compagnies de fourrures de la Baie d’Hudson et du Nord-Ouest menace les colons. Après le retour au calme en 1817, les mauvaises récoltes prennent la relève. Cependant, à force de détermination, il devient bientôt agréable de résider dans la colonie.

En décembre 1875, Marie-Anne Gaboury décède à l’âge de 95 ans. Elle laisse dans le deuil huit de ses 10 enfants, les trois premiers ayant été respectivement les premiers bébés blancs du Manitoba, de la Saskatchewan et de l’Alberta. Madame Gaboury a été une pionnière dans l’histoire de l’Ouest canadien. Elle et son mari ont joué un rôle important dans le développement de la colonie et du commerce des fourrures à la rivière Rouge. Celle qui a été également la grand-mère de Louis Riel a suivi avec intérêt le dénouement de la rébellion métisse de 1869-1870. Marie-Anne Gaboury a été désignée personnage historique national en 1982.

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